Quel monde possible 2ème partie 4

Le talent        

 

On peut avoir du talent et être un parfait salaud. Quelques écrivains, musiciens, intellectuels, artistes, philosophes, professeurs ou éducateurs ont un talent fou mais sont de parfaits salauds... Ils peuvent être des personnages médiatiques, du moins dans la « sphère » en laquelle ils évoluent et dont ils constituent bien évidemment les éléments essentiels du noyau central.

Oui, l’on peut avoir beaucoup de talent et être « imbuvable », c’est à dire exécrable, afficher son mépris, son outrecuidance, son agressivité, sa « vision du monde » à la figure des gens, éjaculer des vérités acides, argumenter, pérorer, pourfendre, se comporter dans la vie ordinaire envers les membres de sa famille puis les autres personnes en général, comme un cochon ou un prédateur.

Il paraît que le talent chez les Civilisés excuse tout, même l’ignominie…

  Que reste t-il du talent dans l’Histoire écrite ou enregistrée, reconnue et officielle, enseignée et médiatisée, sinon l’illusoire enluminure, d’une souveraine beauté certes, mais qui s’est complu dans une exaltation de soi et qui pour finir, l’Histoire se perdant entre les ères glaciaires et les évolutions géologiques, se fond dans l’encre du cosmos ? Et n’aura sans doute jamais aucune signification pour des êtres qui, ailleurs, vivent sous d’autres cieux ?

  Que reste t-il du talent lorsqu’il cesse d’être crédible pour des milliers de gens qui ne vivent pas la même vie quotidienne que ces « monstres sacrés » du Show Biz ou de l’actualité ? Le talent de ces gens là n’est-il pas une lumière morte pour ceux et celles qui se débattent dans la réalité quotidienne ?

  Que reste t-il du talent lorsque, par un retournement de la mode, par l’émergence de nouveaux repères et de courants d’idées, il cesse d’être reconnu ?

  Que reste t-il du talent lorsqu’il n’est qu’une bonne facture ?

  Imaginons un petit scénario catastrophe… Tu te trouves, toi, l’intellectuel, le cinéaste ou l’artiste de génie, acculé au fond d’un ravin en face d’une araignée géante carnivore… Pourquoi pas, avec toutes ces manipulations génétiques ! A quoi va te servir ton talent ? Tu ne peux même pas déguerpir. Tu vas te faire dévorer, oui ! Et le salaud, en l’occurrence, ne sera pas l’araignée géante…

N’est pas encore né, celui ou celle qui apprivoiserait l’araignée… D’ ailleurs, cette idée d’apprivoisement, n’est-elle pas un leurre ?

La beauté est parfois émouvante et cruelle. Mais l’idée de la beauté, c’est nous, êtres que nous sommes, qui l’avons conçue. La beauté existe t-elle ? Et qu’est ce que le talent, au fond ? Sinon un concept humain ?

Que dire alors, de l’architecture d’une toile d’araignée, de l’édification et de la gestion d’une fourmilière, du langage des dauphins, du plan de vol d’une oie sauvage ?

  Quand on a du talent, à mon avis, l’on ne devrait pas être un salaud. Avoir du talent c’est une chance. Mais c’est aussi un lourd fardeau à porter sur ses épaules. Si tu as du talent, tu es responsable. Tu dois être une lumière vive pour ton entourage, une lumière qui n’existe pas seulement pour prouver qu’elle existe, mais pour faire exister la lumière des autres.

Un prédateur par exemple, exerce son talent en aspirant l’énergie des autres créatures.

L’œuvre d’un révolté, même d’une très grande beauté, ne transpire que de toutes les nuisances émises par le sens du monde mais exalte rarement ce qui émerveille, relie ou réconcilie les hommes. L'on peut être un écorché vif, mais il ne faut pas que l’expression de ses propres écorchures écorche les autres.

La poésie ou la littérature d’un exécrable coquin, si reconnue, si académique, si avant-gardiste soit-elle, se nourrit de toutes les pourritures de l’esprit revêtues et complices de la barbarie.

Le prédateur, le révolté, le génial coquin, l’écorché qui écorche, peuvent avoir du talent… Mais ils ne sont jamais crédibles, même si on les admire et les flatte.

Imaginez un excellent professeur de philosophie, jouissant d’une majestueuse « aura », qui culbuterait les filles de sa classe… Même en y mettant une sacrée classe ! Et qui de surcroît, sur la route des vacances, abandonnerait son chien, jetterait ses reliefs de pique nique sur le bord de la route ?

  Oui, c’est vrai… On l’a assez dit : la beauté ou l’émotion souveraine, cela n’a rien à voir avec la morale…

Mais, entre nous, a-t-on besoin de morale ou de s’aimer ?

 

                                                             …..

 

  Le seul et véritable destin de la bonté, c’est de prendre un jour le dessus sur la violence et la haine…

Or, les hommes de ce monde en lequel nous vivons depuis toujours, ont une bien piètre image de la bonté : ils la représentent humiliée, écrasée, bafouée, et de plus ils se moquent de la bonté comme si jamais elle ne pouvait s’opposer avec force et détermination à la dureté du monde.

Mais la dureté du monde et cette image de la bonté humiliée ne sont pas une fatalité comme voudraient nous le faire croire les puissants, les arrogants, et d’une manière générale, tous ceux qui collaborent avec les acteurs privilégiés de la loi du monde.

Le vrai visage de la bonté n’est pas celui de la résignation. Le regard de la bonté est un regard énergique, droit et pur.

Même si la bonté est aujourd’hui foulée aux pieds comme le blé sous la grêle, couchée comme l’herbe par le vent, elle ne périra jamais, survivra à toutes les humiliations et toutes les servitudes, car c’est bien là son destin : s’élever contre le pouvoir et l’orgueil des hommes.

 

                                                             …..

 

 

 

  Rimbaud

 

  De très nombreux intellectuels depuis tant d’années, et aujourd’hui encore, ne cessent d’écrire sur l’œuvre d’Arthur Rimbaud…

Analyses, commentaires, critiques, réflexions… Des pages et des pages, telles des bornes à perte de vue, jalonnent le chemin dont le tracé se perd dans les impostures de l’Histoire et l’hypocrisie de ceux qui définissent le sens de la pièce et choisissent les acteurs.

Jusqu’aux jours de la vie si brève de ce poète maudit en son temps, la reconnaissance de son œuvre traverse les saisons une à une, génération après génération, escalade les holocaustes, descend les marches d’un escalier tout encombré des terreurs passées… Et cette marche en arrière rejoint enfin un être mutilé et mourant sur un lit d’hôpital à Marseille… Puis cet effacement de semelles de sable dans le désert Africain.

  A quoi riment la gloire et la reconnaissance lorsque le corps n’est plus que poussière et qu’il ne reste de l’âme, de l’œuvre du disparu, qu’une écriture passée au crible de toutes les modes nouvelles, une écriture mille fois traduite ou même réécrite, controversée selon d’innombrables interprétations ?

Rimbaud ne fut-il pas tout seul, à l’intérieur de sa vie ? Personne n’a été dans sa peau, ne l’a jamais rejoint dans le cœur de sa bulle ! Alors, on peut bien dire ou interpréter ce que l’on veut, au travers des âges…

  Nos émotions, nos aspirations, nos rêves, tout ce que nous sentons mais ne pouvons pas toujours traduire ou communiquer, tout ce qui fait que nous sommes nous et personne d’ autre au monde, nos expressions, nos regards d’une seule fois, nos égarements, nos interrogations, les mots que nous n’avons ni écrits ni prononcés, ce « cosmos » à l’intérieur de notre bulle, c’est avec tout cela que nous disparaissons un jour, que personne dans l’ avenir immense ne saura jamais… ou prétendra savoir traduire.

  L’enfer des saisons de guerre, les saisons, toutes les saisons de tous les temps de l’Histoire, avec leurs entractes d’enfer, ce dérisoire envol des étoiles montantes, la chute des astres, les fractures de la vie, le pourquoi et le comment des enfants insoumis, les prières muettes, les silences et les indifférences, les holocaustes, les révolutions, les pierres funéraires, les encyclopédies, toutes les rues de la vie avec leurs cris, leurs effusions, leurs haines, leurs étalages et leurs odeurs… Sont des semelles de sable dans un désert peuplé de petites créatures infinies. Que le désert soit bleu, rouge ou gris, il est lui seul, la vie éternelle, et tout ce qui l’habite…

 

                                                             …..

 

  Même dans le meilleur de cet « autre monde possible », la vraie gentillesse, totalement gratuite, innocente comme l’âme d’un très jeune enfant, fera toujours défaut… Ou se manifestera, aussi fugitive, aussi exceptionnelle que dans le monde présent.

Les hommes et les femmes de tous les mondes possibles ne seront jamais les enfants qu’ils furent lorsque la connaissance et l’expérience n’avaient encore investi leur ciel… Un ciel dont certaine nuance de bleu, si proche de souvenirs plus anciens que ceux de l’origine de notre vie, est la marque d’une noblesse et d’une pureté absolues.

  Tout ce qui vit sur terre, dans la mer ou dans les airs, et dont l’existence ne peut couler autrement que l’eau claire d’un torrent de montagne, est apatride dans ce monde peuplé d’êtres qui se sont ralliés à la loi commune des courants et des appartenances.

 

                                                             ……

 

  Je ne fais pas de différence entre les animaux et les êtres humains : je les aime ou je les combats, selon la relation qui s’établit entre eux et moi. Mais, de tous les êtres vivants, ce sont les prédateurs humains qui me font le plus horreur…

Eliminer les prédateurs humains n’est peut-être pas la solution : il en viendrait d’autres, issus de tous les bouillons de culture, même les plus porteurs de germes guérisseurs de maux. Ce qu’il faudrait, c’est l’absence de nourriture pour les prédateurs.

 

                                                             …..

 

  De l’un de tes sourires, de l’un de tes regards, d’un mouvement léger de ta silhouette, d’un petit geste de ta main, d’un pli du vêtement que tu portes lorsque tu t’approches, d’une flamme de soie ou de laine nouée autour de ton cou, de l’une de ces essences de ta féminité, d’une vibration de la lumière de ton visage, tu me ravis, et j’en avalerais tout le bleu de mon âme avant d’avoir prononcé le moindre mot pour te dire que tu m’as plu… Elles me font bien rire, les milliers d’étoiles de mon cosmos !

 

                                                             …..

 

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Dernière mise à jour de cette page le 15/01/2006

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