Deuxième partie
NOTES ET TEXTES DIVERS
Pour entrer dans la modernité, et vivre dans la modernité, nous devons retrouver nos racines.
Tant que nous demeurerons coupés de nos racines, toute idée de modernité ne sera que supercherie.
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Il fut un temps où l’on savait inventer le beau et le vrai avec des choses très simples. L’on y mettait de l’atmosphère et tout ce que l’on avait dans ses tripes.
A notre époque l’on parle du beau et du vrai avec des mots très compliqués et l’on emploie des formules que les gens ne comprennent pas. Mais on ne sait plus inventer le beau et le vrai.
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Aimer « parce que… » est une parodie de l’ amour. Nous ne savons pas aimer puisque nous n’aimons que pour toutes sortes de raisons.
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Un regard lucide est un regard aussi heureux que tragique. Les enfants ont ce regard là, mais ils ne le savent pas puisqu’ils le vivent en eux.
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Nous sommes tous chacun de nous, des êtres exceptionnels. Mais nous sommes tous également, des êtres ordinaires. Il y a parfois dans cette contradiction une beauté particulièrement émouvante.
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L’orgueil est comme une forteresse que l’on peut assiéger. Mais l’absence d’humilité est un désert dans lequel on ne cesse de tourner en rond.
L’absence d’humilité est peut être pire que l’orgueil : Nous ne sommes pas forcément fiers mais nous ne sommes jamais humbles… à l’exception des plus petits d’entre nous, ceux qui ne marchent pas encore…. à l’exception des plus âgés d’entre nous, ceux qui vont bientôt nous quitter.
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Un cœur grand comme un cosmos est une petite fleur égarée sur un gigantesque tumulus : les pierres mêlées à l’argile et au sable, pétries par l’Histoire, usées par la géographie, n’ont que le cœur du monde, indifférent à la corolle de la petite fleur s’ouvrant dans l’immensité du ciel.
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Notre présent est une tragédie antique… Il n’y a rien de nouveau sur la planète d’Internet et des téléphones portables.
Demain, aussi différent soit-il d’aujourd’hui, ressemblera à une tragédie antique.
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La reconnaissance de l’Autre est assurément le plus difficile des apprentissages. Mais c'est aussi le plus nécessaire.
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Ce dont je suis le plus fier au monde, c’est de ma famille… A dire vrai, ma famille est mon unique sujet de fierté.
Tout le reste n’est que ronds dans l’eau. Et lorsque je me vois dans une glace, mes plus beaux rêves deviennent aussi fragiles qu’inconsistants. Alors je comprends l’indifférence contre laquelle tous ces rêves se battent.
C’est ma famille qui me sort de l’inconsistance de tous ces rêves, me sauve de cette indifférence et de cette dureté du monde que je reconnais cependant… Ma famille dont je suis si fier.
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Lorsque tu es tout seul au restaurant devant ton verre, ton assiette et ta carafe de vin, voici ce que tu peux écrire sur la nappe de papier :
« Comment exprimer en quelques mots, le fond de ses tripes ou le bleu de son âme sur ce rectangle immaculé de papier, et si c’était possible, en une de ces formules digne des plus grands penseurs de la Terre, à quoi cela servirait-il ? »
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Ce n’est pas l’amour qui manque sur Terre… Mais c’est « l’ennemour » qui domine par toutes les indifférences et toutes les enluminures.
L’amour qui ne manque pas n’est qu’une très belle enluminure aux mille visages séduisants. A peine grattée, l’enluminure met la solitude à nu.
Par l’immensité de leur silence et la pesanteur de leur immobilisme, les indifférences participent, avec les habitudes et les automatismes, à l’érosion des sensibilités survivantes.
La haine et la violence sont des séismes. L’ennemour est une marée noire planétaire.
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Le comble de l’hypocrisie dans le monde d’aujourd’hui, c’est la marginalité dont certains hommes et femmes se parent pour refaire un monde qui ne sera jamais fondamentalement différent de celui dans lequel on vit.
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Si tu es seul, si tu as mal, si personne ne t’écoute, et si le mur, en face et autour de toi se dresse comme une barricade aussi infranchissable qu’incontournable, il ne te reste alors plus, toute ta vie durant, qu’à taper, taper très fort, et même de plus en plus fort, sans jamais t’arrêter un seul instant.
A force de taper, de marteler, une lézarde dans le mur apparaîtra. Et pour finir, la fissure s’élargira, une brèche s’ouvrira dans laquelle tu te précipiteras.
Le mur est un obstacle entre deux mondes : celui dans lequel on veut nous faire vivre à tout prix, et celui dans lequel il est interdit d’aller parce que nous y vivrions sans ceux qui barrent notre vie.
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Les uns se turent ou crièrent, les autres moralisèrent ou professèrent.
Dans un gigantesque ballet d’extravagances, d’outrecuidances, de conciliabules et de concepts dérisoires, la nuit des courts et longs métrages de la vie bruissait encore de bouillonnements incolores.
Quand tomberas-tu du ciel, étoile du jour dont personne ne sait dessiner l’aurore ?
Renégat, pisse gras sur les murs ripolinés et pelliculés d’images sacralisées ! Renais gras du jus de tes colères et de tes révoltes !
Caméra au poing, vitupérations imagées à bout de bras, entre dans les créneaux de l’ignominie où sévissent les pare chocs de tous ces diablotins en 4X4, et témoigne de leur mépris souverain, si dérisoire dans la circulation générale…
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La laideur du monde nous écartèle de sa beauté cruelle… Mais de quel monde s’agit-il ?
La laideur n’est-elle pas comme une flaque de lait, immaculée, miroitante, criblée de danses de mouches bleues ?
N’est–elle pas aussi une odeur de sainteté ventilée aux quatre coins du monde pour des milliers de nez bouchés ?
Je ne sais pas. Je ne sais plus… Je sens seulement que la laideur est aussi dérisoire que la beauté ou que la cruauté.
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