Zébu s’en fut donc couler son bonze… ça pressait, bordel ! Il s’en était déjà maculé le caleçon. Il se cale en pétant sur la cuvette, une explosion de boyaux comprimés retentit dans toute la carrée, ça trisse par dessus la cuvette, y’en a même sur les murs…
« Ah, putain, c’est dégueulasse mais ça soulage ! Merde, y’ a plus de PQ ! Tant pis, je me torche avec les doigts… T’as pas un mouchoir, ou même un petit morceau de toffie, pour essuyer, Miquette ? Eh, mires un peu ça : j’arrive encore à bander. Viens loucher sur cette barre à mine ! Amènes le bout de toffie et fais moi un pompier, tu tireras la chasse après ! »
Pou, qui bataillait du manche de sa cuillère dans le fond du bocal de cornichons, après s’être curé un loulou baveux qui lui clientait la fosse nasale, ventriloqua un rot puissant, long et caverneux, avant d’enfourner l’appendice terminal d’une tartine de mayonnaise. Puis, haussant le ton parce que le bruit de la chasse et les imprécations de Zébu allaient éclipser sa pensée en voie de transmission immédiate, il feula, décidé, convaincu et fier de sa nouvelle trouvaille intellectuelle :
« Eh, les mecs, à trois, puisque les gonzesses vont se barrer, on pourrait pas élucubrer ensemble une histoire atypique, de plusieurs pages, quelque chose qui ressemblerait à du Dali, mais en littéraire ? Avec de la philo, du caca, du dégueu, du contesto et du surréaliste mélangé ? ça serait super, on ferait ça à trois, ça serait notre œuvre commune. On se débullerait ainsi chacun de notre putain de bulle de solitude, on se toucherait l’intérieur du cœur de notre réacteur intello-nucléaire. Y sont cons tous ces mecs qui écrivent des bouquins avec ce qu’ils ont persovécu, ils nous pondent leur vision du monde, tu les vois se pavaner dans les salons du livre et exhaler leur pestilence buccale dans les coktails littéraires, ils croient tous qu’ils seront immortels et que le monde changera.
ZOB ! Je revois encore ma prof de frangaout au lycée quand pour les copains qui attendaient que ça, je criais ZOB très fort, avec une intonation hyper percutante que les murs de la classe en vibraient ! ZOB ! La prof se retournait, elle rosissait, le fendu de sa jupe s’ouvrait sur une jambe magnifique, et l’on aurait donné cher pour savoir si les tissus de son minou bleuissaient et si elle mouillait son slip. ZOB ! A trois reprises on remettait ça, en chœur, et à ce moment là, vous pouvez pas vous imaginer, les potes, à quel point on se sentait reliés. Même la prof elle entrait alors dans la tribulle que nous formions ! »
« Ouais, t’as raison, Pou, on va élucubrer tous les trois cette œuvre commune » répondirent Zébu et Krem.
Les gonzesses se barrèrent. Elles z’étaient venues que pour baiser. L’appart’ dans le cube n’était qu’un segment d’existence. Tout était segment, d’ailleurs : il n’y avait même plus de marché, ni d’acheteurs ni de vendeurs, rien que des réseaux, des toiles d’araignée tissées par de nouveaux prédateurs tendant des fils invisibles encore plus barbelés que les anciennes clôtures. Plus rien n’appartenait à personne, tout était comme dématérialisé, sans consistance. Il fallait désormais avoir l’Accès, être client dans une tranche de temps, payer un droit de passage sur l’onde de communication diffuseuse de services ou de prestations…
Alors, les trois Coccinialbulles, désegmentés, errèrent entre les cubes, s’égarèrent dans les capillaires exsangues de la bulle, se grattèrent le derrière, hésitèrent entre la rue Villot et l’impasse des vespasiennes, mais le bicot et les édicules, éclipsés dans le champ de la réalité par un ballon de couscous en forme d’hippocampe, se virtualisèrent en coiffeurs de vieilles dames opulentes. Un cheval fou, trépané et le ventre ouvert, menaçait de ses sabots fumants une statue de Napoléon, érigée entre l’ex bicot et la trace de l’édicule.
« Je crois qu’il y a une brocante, à deux pas d’ici, au delà du Palais de la Virtualité, là où des vieux de la France de Vichy et des néonazis se congratulent en se refilant de bons tuyaux pour des lampes de collection… » jacta Pou, assoiffé mais peu désireux de siroter un jus de tomate avec un péroné de bébé juif dans un café tenu par un ex milicien vicieux ayant quatre ans durant élargi l’entrée de son colon en se faisant sodomiser par de jeunes Essèsses. Un salaud de milicien qui, en août 44, se fit passer comme tant d’autres pour un aide résistant en se morfalant de filles prudes et romantiques avec des Djihaïes et en dénonçant des femmes collabo aux FFI. Soit dit en passant, les français de la France de Vichy, âgés à l’époque de 30 à 50 ans, ces français qui faisaient la France d’alors, repus, combinards, bien vus des Zautorités, requins de la finance, du marché noir, prédateurs en tout genre alliés des boches, bouffeurs de juifs, de tsiganes, de réfractaires et de communistes, eh bien il faut savoir mon pote, qu’ils étaient légion dans l’hexagone, et même dans l’empire colonial… Aujourd’hui, tous ces français là sont ou très vieux, ou crevés. Mais je ne pense pas que, dans les 15000 morts de la canicule de 2003, y’avait beaucoup de ces ex miliciens, collabos de haute volée… parce que les vieux qui meurent de chaleur, ce sont de pauvres bougres, des gens qui ont sué sang et eau toute leur vie durant et qui n’ont jamais eu les moyens d’être des prédateurs. Alors les mecs, on y va, oui ou merde, à cette brocante ? Tâter les abats jours en peau de cul d’youpin, touiller dans les fume cigarettes en os de romanichel, mirer les bagues, les solitaires et les colliers en or de fausses dents ? Putain, dans toute la France, avec la prolifération des vide greniers, les débarras de caves, de vieilles bicoques, de châteaux sans héritiers et de tant de belles demeures à l’abandon ou vendues avec tout le fourbi dedans, il doit y en avoir, du vomi de guerres, de pillages, de récup et de spoliations…
« Pour ma part », hasarda Krem, « j’irais bien faire un tour à la journée des Trisomiques. Il paraît qu’ils organisent un loto géant au parc de La Courneuve, avec des artistes, des associations d’handicapés, des hommes politiques et de Grands Auteurs. Une journée dont personne n’a parlé ni à la télé ni dans le journal, sauf trois semaines avant, une fois, à la fin de l’émission Le plus Grand Cabaret du Monde.
Les trisomiques ne font pas la guerre. Chez les Trisos, tu trouves pas monsieur Lorgueil, ni madame Lahaine, ni mondemoiseau Lintelo… monsieur Lorgueil et sa culture Kitsch, madame Lahaine dans sa robe de sang, mondemoiseau Lintelo et ses fientes de mots… Allez, go ! les potes, on va au bal des Trisos, casser des Grands Auteurs, chier sur la culture Kitsch, abominer sur les prothèses de luxe aussi solidaires des Tétras sous-pensionnés que les Vedettes de Star Ac vis à vis des scribouillards de murs de gare ».
Et le trio se dilua dans les lames ondulées de la bulle de roche…
Les œufs-cube carrés pondus par la poule boulimique fondirent dans le blanc grumeleux de l’œuvre impie d’un artiste terroriste surréaliste.
Le désert brouillé se liquéfia en poussière de brocantes, le vomi des guerres et la cacophonie des débats s’ennéantisa dans un cosmos raté de planètes poubelles… L’Humanuscule inventa Dieu, le Bien, le Mal, l’Ordre, la Vertu, le Boulot, l’Après Guerre et le Poulet au zob d’or…
Les miches des morues se firent fromages et le bec des Coccinialbulles se fit moniteur de ski sur le verglas des croupions enfiévrés.
Les animalculettes firent avorter tous les desseins, ceux des Grands Auteurs comme ceux des Trisos et des futurs retraités raffarinés. En Ogéhèmes et en Adéhènes surgelés, ces pitites bébaites de labo investirent les officines, les supermerdecados, le café au lait et le thété des maisons de vieux.
La Morale se démoralisa, Les Américains futuroscopèrent Dieu en s’accrochant au bastingage du grand bateau des valeurs-clefs, Bush ne se débuscha point, les capsules comprimées sautèrent, les bouteilles de coca explosèrent et mouchèrent des milliers de mèches de vie dans les entonnoirs du Grand Gavage.
Le Bicot fit grève de couscous, le cul de la vieille brebis se lamellisa entre les pois chiches éclatés, les sacs à main en cuir de juif de dames chic, exhumés d’une brocante de Vichy, crissèrent sous la verrue très dure du gland d’un homo fétichiste nouvellement conquis par les charmes de la féminité… Y’a t-il des repères, chez les Trisos marginaux abandonnés, chez les Tétras qui peuvent plus ni bander ni cerveler ? Chez les toutous à cinq pattes et chez les cyclopes ? Chez les fées édentées… Et les gosses de riches ? Y sont où, les repères, les signes, les hiéros, les limites, les douanes, les poste-frontière et les laisser passer ? Est-ce que le code barre va te garantir de la gangrène, de la culture Kitsch et des dérives bio ? Est-ce que le sandwich Ogéhème va te faire tomber le gras des miches ?
ZOB – ZOB ! Quand t’as la bite qui se détartre, ou le croupion qui se dessale, que tu fais pas la bise au Pape, et que ton âme bande pour une robe bleue ou un regard de fille boycoté , t’as niqué le Grand Sachem et outrecuidé ses prêtres vainqueurs. Fais gaffe à l’olive dans le trou du cul : ils z’arrêtent pas de te dire que ça fait du bien… Si tu pètes trop tard, y’a pas retour à l’envoyeur !
Enculatory Lavatory Vécé-cireur…
Mets tes 2 euro dans la fente, ça te branle l’œil juste le temps qu’il faut pour t’y avoir fait croire. Avec ta carte bancaire c’est encore plus faillot : t’as l’Accès, pour un p’tit bout de temps, tu renouvelles, t’as des options, on te fait ouvrir d’autres portails, avec encore des Accès, et puis t’y passes ta vie… Enculatory Lavatory Vécé-cireur… Ah, c’est bien plus vicieux que la lunette télescopique à 2 euro la minute du parc du château pour mirer les montagnes, la mer ou les toutoues en tutu qui déambulent le long des sentiers chevriers…
Fondus dans la suée alcaline d’orages chimiques, Krem, Zébu et Pou éternuèrent puis se quittèrent… Brocante, bal de Trisos ou vécés qui ferment pas, avec ou sans repères, chacun sa traversée du désert dans la bulle de roche… Après tout, quant les clebs se saluent, ils se puent le cul, la truffe en fête et ça leur coûte pas un radis. Les toutous, ça met pas 2 euro dans le dada, et ça traverse le même désert dans la même bulle de roche…canine au lieu d’humanusculaire.
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1. Dayton Le 24/02/2007 à 07:21
2. Elian Le 24/02/2007 à 21:28
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