11 Juin 2003
Le cœur du débat
Dans le projet de loi sur les retraites, le point le plus scandaleux et le plus inacceptable est le titre 5 intitulé « dispositions relatives à l’épargne retraite » qui programme la mise en place de fonds de pension obligatoires.
Ainsi les salariés travaillant dans une entreprise qui aura signé un accord collectif seront obligés de souscrire un plan d’épargne salariale. Les fonds collectés seront placés en bourse. Durant les trente ou quarante années de la constitution de ce plan, les opérateurs financiers, c’est à dire les plus gros prédateurs de l’économie libérale mondialisée ne cesseront à tout moment opportun de négocier les titres et les actions afin d’encaisser des plus-values, soit disant pour réinjecter ces bénéfices dans des opérations d’investissement. Au bout de toutes ces années, le salarié ne percevra en fait qu’une rente dérisoire s’ajoutant à une retraite par répartition très réduite.
Il s’agit bien là d’un « racket » planifié et légalisé, avec l’accord des gouvernements et de leurs complices. Quoi de plus scandaleux en effet que de voir anéantis les fruits de toute une vie de travail et de privations, alors qu’une minorité de puissants et de nantis eux, se gorgent des fruits qu’ils recueillent sur les marchés financiers ?
Lorsque l’on parle de déficits abyssaux, pour la sécurité sociale, de grandes banques ou entreprises, il faut bien que l’argent disparu des caisses ait été utilisé ou dirigé vers une autre destination que celle prévue à l’origine, et, s’il n’est pas bien sûr directement récupérable, c’est parce qu’il a profité à ceux qui l’ont détourné pour financer d’autres projets… Des projets qui ne concernent ni le salarié ni le retraité, ni les gens que nous sommes pour la plus grande majorité.
C’est le problème de la répartition des richesses et surtout des profits qui doit être au cœur du débat, avant même toutes ces discussions interminables et stériles, ces innombrables propositions énoncées, ces réformes générales ou particulières, ces kilomètres de textes et d’amendements, cette abondance de questions sans vraies réponses qui ne résoudront jamais rien et ne peuvent qu’attiser les conflits et la désunion entre les millions d’acteurs que nous sommes sur une scène du monde où les rideaux protecteurs, les mascarades et les dissimulations doivent disparaître.
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14 Juin 2003
La rue, chantier du monde ?
L’actualité de ces dernières semaines avec la réforme des retraites, le projet de décentralisation dans l’éducation nationale, les grèves, les manifestations, les actions entreprises sur la voie publique, mais aussi les très nombreuses fermetures d’usines, accompagnées de plans sociaux, les détournements de fonds et les scandales financiers, les affaires de mœurs et de corruption en lesquelles semblent compromis des personnages influents et bien considérés ; tout cela agite l’opinion publique, engendre colère, confrontations difficiles, clivages et retranchements.
Dans un tel embrasement général, aucun dialogue ne s’avère constructif, les opinions se jettent les unes sur les autres et le seul enjeu du présent vécu au quotidien semble primer sur un enjeu d’un tout autre niveau, celui du monde dans lequel nous vivrons demain.
Ainsi, de ceux que la paralysie des transports publics et les grèves à répétition empêchent de travailler, combien sont-ils à se demander, en particulier les gens âgés de 25 à 35 ans : « Devrais-je travailler jusqu’à 70 ans ? Comment vivrai-je avec le salaire que j’aurai dans 10 ans, pourrai-je financer alors de coûteux projets tels que l’achat du véhicule dont j’ai besoin ou l’acquisition d’un logement pour ma famille ? »
Quant à ceux qui aujourd’hui défendent ce que leurs aînés ont conquis de haute lutte, combien sont-ils à se poser ce genre de question : « Plus encore que de défendre ce qui a été si durement acquis et de le consolider, quel autre prix devrai-je payer demain pour que des millions de mes semblables de par le monde, aujourd’hui si misérables, puissent vivre comme je vis actuellement ? »
Ce prix là n’est rien moins que le choix d’une autre façon de vivre, de partager, de s’organiser et de communiquer. Ce prix là, c’est celui de l’acceptation d’une répartition radicale des richesses à tous les niveaux, et d’une contribution incontournable de chacun selon ses compétences, son travail et sa volonté au bien-être ou bien vivre de la communauté humaine.
Etant donné la taille de l’enjeu pour ce monde de demain à reconstruire sans prédateurs ni parasites, sans misère pour tellement de millions de gens et sans fortunes aussi colossales pour une si petite minorité, oui ! Il faut descendre dans la rue et faire de la rue le plus grand et le plus beau chantier du monde !
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17 Juin 2003
Expression libre
Dans une manifestation ou un meeting, ce sont les responsables syndicaux qui prennent la parole pour informer, donner les mots d’ordre, proposer les différentes actions à mener lors du déroulement d’un conflit.
Les organisations syndicales veillent également, par un service d’ordre, à la bonne marche de la manifestation, cherchant à maîtriser éventuellement tout « débordement ». En conséquence, il apparaît clairement que dans un rassemblement populaire, la liberté d’expression doit être canalisée.
Le verbe, lorsqu’il porte haut et fort, fait parfois bouger les foules : il y a là le risque d’une déviation du rapport de force entre les interlocuteurs, vers une confrontation à l’issue de laquelle la loi du plus fort s’imposera.
Or, le seul et vrai rapport de force, c’est celui qui conduit peu à peu les acteurs de la confrontation à se mesurer selon la validité des argumentations et le bien-fondé réel des propositions énoncées. Des prises de parole spontanées en public, dans une situation de conflit social, peuvent aussi bien précipiter les discussions dans un enlisement stérile que provoquer des réactions en chaîne imprévisibles, voire dangereuses.
Par contre, dans une assemblée générale, en un lieu déterminé, entre syndiqués, salariés d’une entreprise, où se prennent des décisions débattues en commun, où se dégage une majorité, la liberté d’expression de chacun alimente la discussion et met en évidence des sensibilités qui doivent être reconnues.
Afin de concilier la liberté d’expression individuelle et la nécessité d’une organisation des débats dans le cadre d’une manifestation publique, je propose aux centrales syndicales, et même aux communes, aux municipalités, l’aménagement à moindre frais d’un espace communautaire accessible à tous, en lequel chaque citoyen aurait la possibilité de prendre la parole sur un sujet d’actualité. Dans un tel espace seraient également disposés des panneaux d’affichage afin que les gens puissent s’exprimer par écrit.
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24 Juin 2003
L’indifférence
L’indifférence n’est-elle pas la pire de toutes les censures ? Ne vaut-il pas mieux, même si cela fait très mal, un grand coup de pied dans le derrière contre ce que l’on dit, plutôt que de voir couler autour de soi tous ces regards éteints ou silencieux ?
Plus que la critique sévère de ceux qui combattent nos écrits ou nos propos, nos initiatives ou nos aspirations, plus même que ces regards condescendants ou opportunément complices d’une marginalité de façade laissant courir des mots que personne ne retiendra mais qui seront malgré tout semés, l’indifférence « bétonne » toute ouverture sur un « autre monde possible ». Toute censure devient alors inutile, la diversité des opinions et des sensibilités se diluant dans une brume parcourue de luminescences mais plus stérile encore qu’un désert…
Si l’indifférence est la pire de toutes les censures, elle est aussi la mère de toutes les pollutions. Marées noires, gaz à effet de serre, manipulations génétiques, pauvreté dans le monde, disparition d’espèces animales, guerres, tout cela est devenu si habituel que les gens finalement, ne réagissent plus que dans le temps immédiat de l’événement. Et ce ne sont ni les « G8 », ni les sommets, ni même les manifestations de quelques groupes engagés, hélas trop minoritaires, qui vont ralentir et encore moins stopper cette marche inexorable vers le déclin de notre civilisation.
Alors, contre la pire de toutes les censures, et contre la mère de toutes les pollutions, je propose de donner un sens à notre regard, de ne plus se taire par peur de recevoir des coups, de rejoindre ceux qui déjà se battent pour « un autre monde possible », et de fouler aux pieds ces hypocrisies et ces condescendances devenues insupportables…
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6 Juillet 2003
La culture Bêta…
Alors que des millions de gens dans le monde n’ont aucune liberté d’expression, ne peuvent manifester dans la rue ou sur la place publique, que tant d’intellectuels et d’artistes sont traqués, emprisonnés ou même assassinés dans des pays où règnent la terreur, l’arbitraire, le fanatisme religieux, les princes et les dictateurs corrompus ; d’autres millions de gens dans le même monde jouissent de libertés conditionnées par les puissances financières et leurs groupes de pression, applaudissent essentiellement les artistes les plus reconnus.
Ainsi le monde contemporain semble figé entre une « culture bêta », d’une part, et une culture mutilée, d’autre part.
La « culture bêta », c’est la culture que le système de l’ économie libérale avancée veut imposer à des millions d’ Américains ou d’ Européens sous la forme de séries de télévision, de spectacles et de mises en scène qui n’ont pour références que les valeurs d’une civilisation matérialiste. Dans la plupart de ces spectacles, ce sont les effets spéciaux, le sensationnel, la violence, les apparences, les lois de la jungle, le sexe, le pouvoir de l’argent et des relations qui mènent le jeu, alimentant invariablement tous les scénarios.
Comment l’artiste, lorsqu’il ne bénéficie pas de l’appui des médias parce que son œuvre n’est pas conforme à l’esprit du système et n’est pas génératrice de recettes financières, pourra-t-il survivre ?
Il en est des différentes cultures et créations artistiques, comme les nombreuses branches d’un arbre. Les branches elles-mêmes ont des rameaux… Si l’on coupe un rameau, une petite branche, l’arbre conserve toute sa puissance : il ne semble donc pas souffrir d’avoir été légèrement amputé de ce que les élagueurs officiels dûment mandatés par les Autorités ont qualifié d’ « inutile ».
Mais à force de couper de l’ « inutile », de faire tomber une à une les branches, comment l’ « utile » alors, pourra-t-il exister encore ?
La « culture bêta » et la culture mutilée, c’est tout ce qui restera de la culture de notre monde si l’on continue de couper les branches et les rameaux pour ne laisser que le tronc… Un tronc creux, sans racines et non relié à la terre, sans aucune branche et non relié au ciel… Un tronc avec deux énormes trous : un trou pour avaler d’un côté, et un trou pour évacuer de l’autre côté…
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27 Juillet 2003
Le livret A
Plus qu’un porte monnaie ou un « bas de laine », le livret A est un symbole : il représente pour des dizaines de millions de gens en France, ce qu’il y a de plus sûr en matière d’épargne.
Alors que la plupart des établissements financiers proposaient à leurs clients des placements en apparence plus performants, assortis de diverses garanties sur une durée déterminée, et cela même aux plus beaux jours de la capitalisation boursière, le livret A demeurait cependant le leader de tous les placements.
Lorsque les prix, et le coût de la vie en général, évoluaient plus vite que la rémunération des sommes capitalisées sur le livret A, et quelle que soit l’évolution dans l’avenir de ce taux, aucun placement si prometteur soit-il ne peut détrôner le livret A.
Toutefois, dans le contexte socio-économique actuel, alors que de profonds mécontentements se sont largement exprimés sur la place publique, et que nombre d’incertitudes planent sur l’avenir de beaucoup de catégories professionnelles, la baisse annoncée du taux du livret A pour le 1er Août est avant tout ressentie comme un coup de bâton supplémentaire sur le dos du commun des mortels déjà très fortement poussé contre son gré dans un courant qui l’emporte.
Il n’est pas du tout sûr que les investissements attendus par les pouvoirs publics et privés suivront, après la baisse du taux du livret A… En effet la plupart des livrets ne rapportent à leurs titulaires qu’un intérêt dérisoire parce que ce ne sont là que de « petits livrets » avec moins de mille euro en moyenne. Les « gros livrets » pour leur part, se « vident » à tout moment, soit à la suite d’un décès, soit pour financer l’achat d’un véhicule par exemple.
Même si la capitalisation boursière devait connaître des jours meilleurs, les pertes subies dernièrement par de nombreux épargnants ne seront jamais compensées et les gens préfèreront placer de l’argent sur le livret A même avec un taux de seulement 2 pour cent.
Lorsqu’on épargne sur un livret A c’est avant tout pour financer dans quelques mois ou quelques années l’achat d’un bien nécessaire dont le prix est beaucoup plus élevé que ce que l’on gagne en travaillant un mois durant.
Enfin, les « gros livrets » qui se vident et « refont très vite le plein », il y en a certes, mais les intérêts qu’ils servent, freinent-ils vraiment les investissements ?
3 Août 2003
Noir Désir foudroyé
Foudroyés nos rêves d’un « autre monde possible », foudroyé ce meilleur de soi-même dont on peut bien se demander à quoi il sert et de quoi il est fait…
Foudroyés ces fils de lumière suspendus au-dessus des trottoirs où se bousculent les crieurs d’actualité, fils qui nous reliaient encore au monde de l’imaginaire, de la création, des décors sans contre façon, du spectacle et de la musique…
Ces rêves d’un « autre monde possible », ce meilleur de soi-même, ces fils de lumière avec la beauté de leurs mots et la magie de leurs sons entremêlés, devaient se fondre dans les jours vécus, nous accompagner et nous laisser espérer des lendemains meilleurs contre la dureté, l’ hypocrisie et l’indifférence du monde, mais aussi contre tout ce qui fait de nous un prédateur pour les autres hommes, un être uniquement préoccupé de lui-même, assujetti à des passions dévastatrices et naturellement conditionné par la violence de ses instincts.
La culture a été souvent l’alliée ou le témoin silencieux de la barbarie ; elle prétendait différencier les êtres mais elle n’a toujours pas remis en cause le sens du monde, ni fait évoluer l’esprit humain.
C’est pour cela que des drames inimaginables surviennent, que des êtres parfois exceptionnels ou charismatiques se brisent dans la vitrine lorsqu’un souffle imprévu surgit, défiant tout ce qui les différencie des autres…
Noir Désir foudroyé, ça fait « mal aux tripes » et c’est profondément désespérant, dans une civilisation en pleine décomposition où même les derniers fils de lumière disparaissent dans la nuit…
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10 Août 2003
Marie Trintignant
6 Août 1945… L’avion qui transportait la bombe s’appelait « Enola ». Le pilote ne savait pas exactement quel genre de bombe il allait larguer au dessus du Japon. Nagasaki… plusieurs centaines de milliers de mort, et peut-être autant de blessés, défigurés, pour la plupart marqués à vie ainsi que leurs descendants.
Il y avait eu par le passé, bien d’autres holocaustes. Mais celui là, de ce 6 Août 1945, suivi trois jours plus tard d’une autre explosion à Hiroshima, devait entrer dans l’histoire parce qu’il ne ressemblait pas aux holocaustes précédents. Pour la première fois dans le monde apparaissait une arme de destruction massive…
6 Août 2003… Une femme à nulle autre pareille (en fait, chaque femme est à nulle autre pareille), Marie Trintignant, rejoint au cimetière du Père Lachaise d’autres visages disparus. Des visages dont on pourrait penser que l’empreinte, indélébile dans le souvenir, conforterait l’idée que l’esprit humain peut évoluer… Le visage serait en quelque sorte la « carte d’identité » de l’âme lorsque son intelligence, sa lumière et tout ce qu’il laisse entrevoir, intimement relié aux actes les plus ordinaires de la vie, repousse les frontières de l’animalité de l’homme…
Marie disparue, démolie plutôt, dont le combat pour la libération et l’émancipation des femmes de ce monde, foudroyé à coups de poings, ne cessera pour autant jamais.
C’est avec une certaine émotion que j’ai suivi les trois épisodes sur France 2, en hommage à Marie Trintignant.
D’un 6 Août à un autre 6 Août, entre les centaines de milliers de victimes des bombardements, des guerres, des génocides et des invasions ; et ces coups de poings meurtriers sur un visage de femme, à quoi rime le sens que l’on donne à la vie ?
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17 Août 2003
Une saison mémorable
Je dirai de cet été 2003 qu’il flamboyait à l’excès depuis le mois de juin, qu’il fut même anticipé par un printemps exceptionnel, que les rivières montrèrent le fond de leur lit, que l’océan sur les plages d’Aquitaine avait une température de 24 degrés, que le Tour de France du centenaire dans les torrents de lumière de juillet et dans les lacets de nos si belles montagnes fut une magnifique performance, que l’on cueillit du raisin avant le 15 Août…
Mais aussi, que les festivaliers lors de la grève des intermittents du spectacle s’éparpillaient dans les fêtes du pays, que les boulettes noires du Prestige, comme d’hideux excréments, dansaient dans les vagues et se répandaient sur le sable de nos plages ; que des milliers de vacanciers entre la pointe de Grave et le rocher de la Vierge n’ étaient pas au rendez-vous de ces jours si bleus ; que d’autres vacanciers s’ étaient fait souffler leur tente ou emporter leur caravane par la tornade ; que le feu meurtrier embrasait nos forêts et ne cessait de se propager en menaçant des régions entières ; que la lumière tombée du ciel brûlait les champs et les récoltes ; que les coups de poings qui foudroyèrent la vie et l’ œuvre de Marie Trintignant flétrirent des rêves et ternirent l’image que l’on pouvait se faire d’un « autre monde possible » même si, sur le plateau du Larzac, cent cinquante mille personnes s’ étaient rassemblées au nom de ce monde à construire…
Enfin, je dirai que la France des gens modestes, la France des exclus, la France des plus âgés de nos aînés, la France de ceux qui « ont du mal à joindre les deux bouts », la France de ceux qui ne partent pas en vacances, la France des victimes des intempéries, souffrit sous le soleil…
5 Septembre 2003
Réduction d’impôt
Le premier ministre Jean Pierre Raffarin annonce une réduction d’impôt de trois pour cent.
Je viens de recevoir ce samedi 5 Septembre 2003 mon avis d’imposition. J’ai déclaré sensiblement les mêmes revenus en 2003 qu’en 2002.
Je n’ai jamais été très fort en calcul… Mais à première vue, cela ne fait sûrement pas trois pour cent en moins.
Pour faire ma déclaration d’impôt, c’est tellement simple que cinq minutes me suffisent. Pas de réductions, aucune complication, trois ou quatre chiffres à mettre dans des cases, c’est tout…
Ma conclusion est aussi simple : ce sont les gros revenus qui vont réellement bénéficier de la réduction d’impôt… Plein tarif pour plus de la moitié des contribuables, un petit cadeau pour 20 à 30 pour cent de « privilégiés », et quelques aménagements spéciaux pour un pour cent des contribuables les plus fortunés !
Je veux bien payer plein tarif, mais pour les hôpitaux, les personnes âgées dépendantes, la formation professionnelle, l’insertion des jeunes défavorisés, les services publics, pour tout ce qui manque et dont on a tant besoin… Pas pour renflouer le Crédit Lyonnais ni toutes ces sociétés dont les directeurs ou présidents font leur valise pour l’Amérique ou l’Asie en emportant la caisse…
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6 Septembre 2003
Le prix de l’hécatombe
Onze mille quatre cent trente cinq décès durant la première quinzaine du mois d’Août 2003, c’est un chiffre qui fait peur, d’autant plus que l’on connaît la cause de ces décès.
Jean François Mattéi, le ministre de la Santé, était parti en guerre contre la cigarette mais venait de réduire certaines allocations perçues jusqu’alors par des personnes âgées ou handicapées…
Dans les années précédentes, à chaque apparition d’une nouvelle pathologie, virus ou vache folle entre autres, l’on prenait des décisions qui mettaient sur le carreau les producteurs, les commerçants et les salariés, ceci afin de protéger les consommateurs alors que les décès liés à ces pathologies se comptaient sur les doigts de la main…
Si le gouvernement n’est pas responsable des catastrophes naturelles, les hommes eux, individuellement ou collectivement, sont tous responsables de leurs choix et de leurs actes.
De ces onze mille quatre cent trente cinq personnes, combien d’entre elles sont mortes seules, dans un logement insalubre, dans une chambre de maison de retraite, dans un couloir d’hôpital ? Combien de corps transportés dans des morgues improvisées seront ensevelis dans la fosse des indigents ?
Ces milliers de morts, ces pauvres dépouilles recouvertes d’un drap blanc qui, dans les saisons précédentes traversaient une solitude absolue au dernier étage d’un immeuble ou dans une petite maison délabrée, témoignent au grand jour de l’indifférence, de l’hypocrisie et de la dureté d’un monde qui n’est autre que celui que nous avons fait en cherchant toujours des responsables sans jamais se demander si l’on était soi-même responsable…
Il n’y aura jamais assez d’amour sur Terre : c’est bien là, la grosse lacune, qu’un milliard d’ euro et un jour férié en moins ne saurait combler…
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14 Septembre 2003
Le trou…
Dix milliards et demi d’euro… C’est le « trou » de la Sécurité Sociale. Et combien d’autres trous, et de quel montant ?
Quelques dizaines de milliards d’ euro, ce sont ces sommes investies en bourse, ces profits financiers réalisés par des sociétés dont on ne sait qui vraiment les gère, ces fonds détournés par de très gros actionnaires impliqués dans des affaires douteuses, complices d’organisations mafieuses.
Alors que des centaines de milliers d’heures du travail d’enfants et de gens des pays « en voie de développement », payées au prix le plus bas possible, permettent à une minorité de privilégiés de vivre très largement, nous acceptons que le monde « développé » réduise l’aide médicale là où sévissent des maladies qui déciment des populations déjà très fragilisées par des sécheresses ou des inondations. Et comment peut-on concevoir que, lorsque les gens manquent de l’essentiel, perçoivent des salaires qui leur permettent à peine de survivre, des footballeurs, des sportifs ou des artistes de renommée mondiale puissent gagner des sommes astronomiques ?
Il faut bien que l’argent reçu, venu de ce qui a été produit mais aussi de tout ce qui a été perçu sous forme de cotisations, taxes, redevances, avant de disparaître, soit comptabilisé, identifié, puis réparti selon les exigences d’un budget. Si l’argent disparaît par des dépenses clairement définies et acceptées, il n’y a pas de trou puisqu’au dernier euro utilisé, il ne reste rien dans la caisse.
Mais lorsque l’argent a été détourné ou utilisé pour couvrir des risques financiers, en opérations de bourse, en investissements scabreux par exemple, alors les services et les équipements dont tout le monde a besoin seront gelés, et l’on parlera de « trou » en culpabilisant les médecins, les pharmaciens, les malades et les personnes âgées impotentes.
Comment peut-on parler de « trou » de la Sécurité Sociale, ou autres déficits aussi impressionnants alors que tant d’argent circule d’un bout à l’autre de la planète ? Le circuit de l’argent serait-il donc un circuit fermé et limité dans un espace et selon des règles définies à l’avance ?
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20 Septembre 2003
Trisomie 21
Quelle est donc cette société qui laisse mourir ses vieux dans la solitude et déconsidère ou isole les plus démunis de ses enfants ? A-t-elle un nom ?
Deux émissions de télévision cette semaine ont mis l’accent sur des sujets sensibles de l’actualité : vieillir ensemble, mardi soir, puis le débat sur les trisomiques précédé du film « Le monde de Yoyo », mercredi soir.
Les « vieux », avant d’être devenus ce qu’ils sont aujourd’hui, malades, handicapés, ont eu le visage de leur jeunesse, ils ont parfois été des êtres vénérés dont on recherchait la compagnie, dont on attendait beaucoup…
Les trisomiques sont comme des enfants dont l’innocence, la spontanéité, l’absence totale d’hypocrisie et la faculté d’émerveillement nous rappellent qu’il existe une autre forme d’intelligence que celle des intellectuels et des personnages charismatiques.
Les trisomiques généralement ne vivent pas vieux. Ces gens là sont seulement différents de nous parce qu’ils n’ont pas les mêmes repères de sensibilité et qu’ils ont une autre perception des liens relationnels. J’en ai connu un qui avait atteint l’âge de 53 ans : il était sur un fauteuil roulant, comme un bébé, il fallait le faire manger à la petite cuillère, lui mettre des couches, il ne parlait qu’en articulant des sons aigus et il avait un regard d’ange. Sa mère, âgée de 80 ans, me disait : « qui s’occupera de lui quand je serai morte ? C’est mon petit, il est tellement gentil, un rien l’amuse, il ne parle pas mais je comprends tout ce qu’il veut dire. »
En 1969, j’ai passé huit jours de vacances avec un groupe de jeunes handicapés, dont des trisomiques, encadrés par des éducateurs. Nous étions là en auberge de jeunesse. Ce fut un merveilleux séjour de vacances, dans une convivialité, une joie et une atmosphère que je n’ai jamais vraiment retrouvées dans le monde des gens « normaux » que nous sommes.
Bien au-delà des si nécessaires financements pour des équipements, des structures d’accueil et de soins, de mesures d’accompagnement, etc.…, c’est un autre monde qu’il faut construire, un monde dans lequel la relation entre les personnes devient l’objectif prioritaire… Et non plus le profit, la rentabilité, la performance individuelle, le confort ou une certaine aisance à n’importe quel prix.
29 Septembre 2003
La soupe culturelle
Tant que le sens du monde restera ce qu’il est, les anonymes ne seront jamais lus ni écoutés. Et les « pontes » à Goncourt ou Renaudot, les stars et les vedettes seront toujours encensés…
Mais le sens du monde ne fait plus l’unanimité, même si les modes et les références dominent, et si la publicité qui est faite autour de ce qui doit se croire et se savoir pèse de tout son poids sur l’opinion publique en généralisant une culture standard.
Cette culture là est bien celle du « poids des mots et du choc des photos », des effets spéciaux, des affèteries, des marginalités dévoyées, d’un indécent voyeurisme et d’une course poursuite de rapaces jusqu’aux tôles froissées, aux visages meurtris, aux décombres encore fumantes. Débusquant l’innocence blessée, la solitude des « vieux » et des exclus, mais aussi toutes les crasses et les dessous de table, les relents d’alcôve et les pugilats entre « grosses têtes », cette culture du sensationnel et de l’émotionnel distille au quotidien, avec des émissions de télé réalité, un bouillon universel et corrosif servi de surcroît aux mêmes heures que la soupe familiale.
Par contre, nul n’est jamais informé de ce que deviennent les milliards d’euro investis en bourse ou dilapidés par de gros actionnaires de société, milliards qui combleraient le trou de la Sécurité sociale. Pas un mot non plus sur des découvertes ou des technologies qui modifieraient notre vie quotidienne sans remettre en cause l’équilibre naturel de la planète.
Entre une culture inaccessible parce que trop déconnectée de la réalité et du vécu, réservée aux élites, et une culture banalisée par l’image truquée, les gens achètent moins de livres, n’écoutent plus les petites voix qui s’élèvent contre la médiocrité que l’on nous fait subir, mais ne se bousculent pas non plus pour acheter le dernier prix Goncourt !
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