17 Février 2002
Internet autrement…
Nous vivons aujourd’hui dans un monde démesurément ouvert sur un espace de communication en lequel se croisent des milliers d’informations, et cela en un temps très bref, pour peu que l’on arrive à se connecter toutefois…
Paradoxalement, dans un tel espace, il devient de plus en plus difficile de se faire entendre parce que la communication étant avant tout une communication de nécessité, au delà d’une certaine frontière, l’espace relationnel s’apparente à un désert, avec quelques oasis cependant…
Actuellement, et pour deux ou trois ans à mon avis, guère plus, nous sommes situés dans l’explosion des nouvelles technologies de la communication, à l'intérieur d’une zone de transition particulièrement intéressante, celle où tout est encore possible, imaginable, transmissible en toute liberté, sans réglementation définie. Une zone dangereuse certes, mais peut-être aussi un « Eldorado »… En dépit de toutes les dérives…
Pour les pionniers, les novateurs, les créateurs, c’est certainement en ce tout début de troisième millénaire, le meilleur moment de se lancer, de diffuser, de passer par dessus les barrières, de ne plus dépendre de ces relais traditionnels qui conditionnent le succès ou la reconnaissance, interdisant tout accès aux différents « cénacles » inamovibles…
Cela ne durera pas. Le sens du monde, comme il l’a toujours fait par le passé, et comme il continuera de le faire, va réglementer, organiser, planifier, uniformiser rapidement et d’une manière telle, que toutes les innovations seront alors muselées, filtrées par les gardiens de l’ordre du monde.
Il ne restera plus, dans l’oubli, l’indifférence, que ces milliers de rêves, de messages ou de projets avortés que l’Histoire ne retiendra pas. Et tout ce qui s’exprime « du fond de ses tripes » entre des murs d’usine, sur des places publiques, dans les entrées des immeubles, dans les cafés de banlieue, n’intéressera jamais les médias.
Qui alors, débusquera de tous les terriers de violence et de révolte, ces rêves et ces aspirations que personne n’écoute ? Qui les fera naviguer sur le « net » ? Les mots, ne deviendraient-ils que des épluchures accrochées aux broussailles ? Les innovations, ne seraient-elles que pour les « Science-Po », les technocrates ou les « barbouzes » de l’information ?
Créateurs, novateurs, pionniers, si vous n’êtes pas des illusionnistes, allez-y, surfez sur Internet, c’est le moment ! Et osez concevoir un de ces rêves qui pourrait bien être une « piqûre d’héroïne dans la veine à vif sans les effets secondaires dévastateurs » !
Pour conclure, je vous dirais en toute lucidité que le pire est à venir, et que nous allons traverser un siècle terrible… Mais il ne faut pas avoir peur, puisqu’une espérance magnifique peut embraser notre cœur…
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17 Mars 2002
Echéance électorale…
Nos hommes politiques de tous bords, notamment les plus célèbres d’entre eux, nous gratifient d’ouvrages littéraires dont le contenu n’est autre que le récit de certains épisodes de leur vie privée… Quand ces mêmes personnages illustres ne s’évertuent pas à sortir de leurs tiroirs déjà très usés par les frottements, ces formules magiques qui vont bouleverser notre paysage économique...
Pour les éditeurs c’est une affaire « juteuse », vu le nombre de nos concitoyens qui achètent ces livres… Et y croient. Il est vrai que la promotion de tels livres est largement soutenue par la presse, l’Audiovisuel, les annonces publicitaires… Dans la foulée, d’autres personnages « charismatiques », journalistes connus, présentateurs d’ émission de télévision, artistes célèbres, grands patrons d’entreprise, hommes d’ affaires ou économistes, sont publiés par les plus gros éditeurs. Les livres de ces gens là sont paraît-il des livres qu’il faut avoir lus. Sont-ils réellement lus ? Ne rejoignent-ils pas dans les rayons de la bibliothèque du salon, d’autres « best-sellers » que les invités, d’ailleurs, regardent peut-être d’un œil indifférent ?
A l’approche d’une échéance électorale, c’est fou le nombre de livres qui paraissent : chaque candidat, chaque personnage éminent, écrit sa profession de foi, sa vision du monde, propose des alternatives… Tous ne sont pas écrivains de métier, ne disposent guère du temps nécessaire pour rédiger eux-mêmes leurs ouvrages.
Il en est finalement de tous ces livres comme de tout ce que l’on célèbre en France : les événements sportifs ou historiques, les commémorations et les anniversaires… Tout se dilue très rapidement dans une réalité sans aucune magie.
Livres, commémorations, ne sont que des pétards de feu d’artifice explosant au-dessus d’un plan d’eau infesté de germes et de déchets en décomposition en lequel se préparent les fléaux de demain.
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24 Mars 2002
Un autre langage…
Il est un langage que tout le monde connaît mais que personne ou presque ne parle… C’est le langage dans lequel nous nous exprimions, lorsque nous n’avions encore ni la connaissance ni l’expérience, mais seulement l’innocence et la spontanéité de notre enfance. Ce langage là, c’est le « bleu » du ciel de chacun d’entre nous, celui dont les mots s’assemblent pour former des images, et qui va droit au cœur des personnes auxquelles il s’adresse. Le « bleu » de ce ciel encore préservé de tout ce qui le charge, le salit et le définit dans le monde des références ou des rapports de communication, n’existe plus dans les couleurs de l’arc en ciel parce qu’il a été exclu. Mais il existe.
S’il n’existait pas, ce bleu là, pourquoi huit millions de Français auraient-ils vu et revu « Le Fabuleux destin d’ Amélie Poulain » ? N’avons nous pas ainsi reconnu à notre insu, au fond de nous-mêmes, ce bleu exclu par une réalité du monde qui nous impose tant de couleurs emprisonnant nos regards ?
Pourquoi ne dessinons nous pas enfin ce bleu entre les fleurs de givre des petits bouts de déserts froids que nous clôturons de surcroît contre l’effraction du regard des autres ?
La mondialisation et l’économie de marché, l’on commence à s’en apercevoir, ne font pas l’unanimité… Par contre, l’aspiration à « construire sa vie »… et si possible celle de nos enfants, est quant à elle, universelle, pour peu que l’on dispose de revenus ou de ressources suffisants. Mais comment « construire sa vie » sans puiser inévitablement dans des réserves ou des richesses qui ne nous appartiennent pas ? Sans prélever une part non négligeable du patrimoine de l’humanité ? Sans contribuer en consommant toujours mieux, davantage et moins cher, à l’appauvrissement de millions d’enfants, de femmes et d’hommes qui eux, ne construiront jamais leur vie ?
La mondialisation et l’économie de marché ont donc encore, hélas, de beaux jours devant elles…
A moins que nous nous exprimions dans un autre langage, celui que personne ne parle et qui implique des choix, des comportements, une manière de communiquer et de partager que nous n’avons pas vraiment dans la vie ordinaire que nous vivons… Même lorsque de très belles journées d’été ont insufflé la foi en un autre monde possible dans des esprits enthousiasmés lors de rassemblements populaires, que reste-t-il de tant de résolutions après le son de cloche de la rentrée ?
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31 Mars 2002
Les tentations de Pâques…
L’on pouvait voir dans toutes les villes de France, à cette époque de l’année, juste avant les fêtes de pâques, de grands panneaux publicitaires représentant un enfant dont les lèvres et les joues étaient barbouillées de chocolat…
Ces lèvres gourmandes et charnues, barbouillées de chocolat, sur un visage d’enfant, interpellant le regard du passant dans la rue, quelle magnifique image publicitaire à l’intention des consommateurs que nous sommes tous plus ou moins, ayant programmé entre autres élucubrations gastronomiques, de fabuleux desserts que l’on ne manquera pas de photographier pour la postérité familiale avant l’engloutissement final !
Les traces et les « coulures » dans le fond des assiettes seront à l’image de ces lèvres maculées, mais l’innocence du regard de l’enfant appartient au passé, alors que la satisfaction repue de victuailles et de confiseries de nos ventres pleins est bien celle des temps que nous vivons encore !
Faut-il voir là, par ces lèvres barbouillées de chocolat, à tous les coins de rue, l’insolence d’une civilisation du plaisir, l’incitation à toujours plus de sensationnel, l’opulence qui se moque de la misère ?
J’oserais entrevoir cependant, une autre image : des lèvres qui, même aussi gourmandes ou charnues, s’entrouvriraient pour un sourire appelant une qualité de vie à la hauteur de la délicatesse des plus fins chocolats !
Mais ce que nous avons dans nos paysages aujourd’hui, ce sont des troncs d’arbre, rien que des troncs… Des troncs sans racines pour nous relier au passé de notre planète, sans branches pour tendre notre esprit vers le ciel… Et chacun de ces troncs a deux trous : un devant, pour absorber ; un derrière, pour évacuer.
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21 Avril 2002
Le drame de Nanterre
Au-delà de toutes les polémiques qui s’éternisent à propos de la sécurité dans les lieux publics, des armes détenues par des particuliers en des conditions précises d’appartenance à des associations de tir ou de défense, des dispositions prises par les pouvoirs publics, des réglementations, des défaillances supposées de représentants de la loi ou de la justice lors d’un interrogatoire ; surgit une réalité tragique, très douloureusement vécue par des êtres au plus profond de leur intimité, la solitude absolue, l’immense chagrin de celui ou de celle qui vient de perdre son fils ou sa fille, son mari ou son épouse, son père ou sa mère, une personne chère et irremplaçable.
Si au delà de toutes ces polémiques, de toutes ces interrogations, de tout ce qui est discutable, contestable, jeté en pâture au milieu de l’ arène, il devait vraiment y avoir une ou des réponses suffisamment convaincantes, si le pourquoi et le comment devait nous être révélés, si cette ou ces réponses enfin trouvées devaient nous conforter dans l’illusion de la sécurité des biens et des personnes, parce qu’alors nous saurions de quels verrous munir nos portes ; il y aurait encore l’insoutenable absence de l’être cher, cette blessure dont personne au monde ne guérit… Et que rien ne saurait expliquer.
De tout mon regard, de toute mon immense affection à l’égard de ces familles éprouvées, je me sens intimement relié à ces êtres dont je ne connais ni le nom ni le visage, mais totalement démuni en face d’une réalité insoutenable venue s’abattre aussi brutalement.
Quel est en définitive le sens de tout ce que nous réalisons, le poids de nos aspirations, que représente l’énergie qui anime nos passions, où est la validité de nos connaissances, si nous n’avons pas les uns envers les autres chaque jour qui passe, ce sourire et ce regard généreusement ouvert sur l’inconnu d’un visage, si nous ne disons pas aujourd’hui les mots qu’il faut dire… Au lieu de les prononcer lorsque les gens sont morts…
Puisse une telle tragédie ne jamais se reproduire, puisse le désespoir ou l’amertume la plus profonde, ne jamais aspirer un être vers le fond d’un gouffre empli de néant !
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28 Avril 2002
A propos des boîtes aux lettres électroniques (courrier e-mail ).
Une boîte aux lettres électronique, comme son nom naturel de boîte aux lettres l’indique, est exactement comme la boîte aux lettres du courrier, traditionnelle, au format préconisé par la Poste… La boîte que tout le monde utilise.
La seule différence c’est la dématérialisation. Une boîte aux lettres électronique en effet ne reçoit pas de papier ni d’enveloppes ni de catalogues ni de journaux.
Or une boîte aux lettres, cela s’ouvre !
Si vous ne vous rendez pas au bout de l’allée de votre maison ni dans l’entrée de votre immeuble pour ouvrir votre boîte aux lettres, le courrier qui éventuellement s’y trouve ne sera donc pas lu aujourd’hui… Ni peut-être demain.
Il en est de même pour votre courrier électronique. Partant de cette élémentaire constatation, j’en tire quelques réflexions :
Tout d’abord, au sujet du nombre d’utilisateurs en France. Ce mode de communication appartenant aux technologies nouvelles, n’est pas encore passé massivement dans les mœurs ; les internautes en dépit d’une très rapide progression ne sont pas légion dans notre pays… Cela va venir…
Ensuite, je m’interroge sur les utilisateurs eux-mêmes. Quand ouvrent-ils leur boîte aux lettres ? Lisent-ils les messages reçus ? Répondent-ils ?
En conclusion je dirai que les nouvelles technologies ne changent rien quant à la manière de communiquer : l’espace relationnel dans lequel nous évoluons demeure fondamentalement dépendant de nécessités, de besoins, de repères ou d’échanges qui, somme toute, au-delà de leur résonance, ne permettent que rarement à d’autres portes de s’ouvrir.
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5 mai 2002
Les élections et leurs retombées…
L’insécurité, la peur de l’autre, les banlieues difficiles, les voitures qui brûlent, et… « Tous ces étrangers » aux dires de certains, l’on a bien vu ce que cela pouvait donner au premier tour des élections présidentielles…
Le second tour n’a rien éclipsé. Le racisme n’est pas uniquement une différence de couleur de peau. L’insécurité, ce sont les autres, c’est à dire ceux qui dérangent qui en sont responsables, pense l’homme de la rue, l’habitant de l’immeuble d’une part ; mais l’insécurité c’est aussi celle de celui qui provoque, déconsidère, représente l’autorité, définit des valeurs inassimilables, pense l’exclu, le marginal, d’autre part… Il est une violence que nous exprimons par habitude, une violence quotidienne et ordinaire : celle, par exemple, du conducteur dans sa voiture qui klaxonne au moindre désagrément éprouvé, à la moindre gêne occasionnée…
Essayons en premier lieu d’éteindre la violence qui existe en nous. Alors seulement l’insécurité reculera de quelques pas…
Qu’il puisse exister en France et peut-être si près de nous, dans notre famille, parmi nos connaissances, des personnes vraiment racistes dans le sens élargi du terme, cela me glace d’effroi… J’imagine si, par une évolution historique imprévisible, notre civilisation devait basculer dans l’horreur… Comme cela s’est déjà produit, de telles personnes venaient au pouvoir, que se passerait-il alors en France ? Ce serait peut-être pire que ce que l’on a connu dans le passé.
A quoi auraient servi toutes les luttes et les souffrances des générations qui nous ont précédé, et quel serait le sens de nos actuelles commémorations, de ces valeurs humanistes, républicaines et démocratiques que nous affichons aujourd’hui officiellement ?
Même si beaucoup de lois et de principes de justice, d’égalité, sont bafoués de nos jours, il n’en demeure pas moins que vivre dans les structures sociales et économiques actuelles, avec la liberté de la presse, l’accès d’un grand nombre de gens à la culture, c’est mieux que de vivre comme en d’autres pays, dans l’obscurantisme et la peur d’être emprisonné, torturé, tué, pour une parole de trop, une tête qui ne revient pas.
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6 Mai 2002
La France aujourd’hui…
Nous vivons de nos jours en France une époque transitoire. Mais la France entretient avec le monde entier un certain nombre de relations, économiques, culturelles, politiques, entre autres…
De grands bouleversements se préparent, non seulement dans notre pays, mais aussi dans le monde. Les alliances, les choix des électeurs dans les pays où les gens peuvent voter ; les influences, les courants d’idées, les différents équilibres géopolitiques, se fondent en fait dans le gigantesque creuset d’une modernité dont personne encore ne peut prévoir l’évolution.
Ce qui vient de se passer en France lors de ce premier tour d’élection présidentielle semble échapper en quelque sorte à cette forme d’entendement collectif sans doute issu de ces sursauts de l’Histoire porteurs d’espérance populaire. Cette espérance là vient d’ être récupérée par un homme qui se prétend le sauveur de la France… en refermant les frontières, en filtrant les « indésirables », empruntant ainsi le sens contraire à la marche du monde. Comme certains astronomes du troisième Reich qui développaient l’idée de la Terre creuse.
Il ne faut pas se fier aux apparences : regardez les Italiens, nos voisins, des Méditerranéens, des gens issus de cette culture gréco latine support de notre civilisation occidentale… N’oublions pas que Napoléon s’est inspiré du droit Romain pour élaborer le code civil… Les Italiens ont porté par les urnes Berlusconi au pouvoir. Le résultat ne s’est pas fait attendre : plusieurs millions de personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre des décisions impopulaires.
Il en sera de même en France devant le rouleau compresseur de cette droite dure qui prétend remettre le pays au pas en construisant des prisons, en libéralisant l’économie pour permettre aux groupes financiers et aux géants de la mondialisation d’exercer leur pouvoir sur des masses populaires endiguées et canalisées… Soit dit en passant, les gouvernements de gauche qui se sont succédé entre 1981 et 2002 avaient déjà libéralisé l’économie et généralisé les emplois précaires… L’évolution du monde vers cette mondialisation de l’économie et des échanges, vers cet appauvrissement progressif de millions de gens, vers le retour des grandes inégalités, n’est pas une fatalité comme voudraient nous le faire croire tous ces personnages influents ou médiatiques qui exaltent les valeurs matérialistes d’une civilisation dévoyée uniquement préoccupée de rentabilité et de performance.
Les mafieux, les dictateurs, les « super flics », les barons de la finance, les intellectuels alliés de la nouvelle barbarie et les fanatiques d’un ordre nouveau ont tout simplement oublié que les gens, en dépit de tout ce qui les divise et les conditionne, sont capables de comprendre un autre langage : celui du cœur et des tripes.
C’est la raison pour laquelle, après cette énorme surprise du premier tour, au delà de toutes les réactions épidermiques et naturelles, je pense que nous devons nous attendre à un autre genre de « casse »… La casse d’un système qui, grippé dans ses rouages essentiels, se poursuivra jusqu’à l’éclatement de ses fondations… peut-être sans effusion de sang mais avec toute la violence d’une foi en un autre monde possible… Les roses que l’on offre à sa bien-aimée au jour de la Saint Valentin, n’ont elles pas la même couleur que le sang ?
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26 Mai 2002
Les limites de la liberté d’expression
Si la liberté d’expression dans notre pays existe bien de fait, qu’en est-il vraiment dans la réalité ?
Tout ce que l’on exprime et qui est à l’origine de comportements irresponsables, tous ces propos blessants que l’on peut parfois lire hélas, à l’égard de personnes, d’institutions ou d’organisations, défigure la liberté d’expression. La liberté n’a plus aucun sens si l’on s’en sert comme d’une épée ou d’un bâton de dynamite.
Je crois que la liberté d’expression dans notre pays n’existe qu’à partir du moment où elle ne remet pas en cause les orientations stratégiques, sociales et économiques de notre civilisation, sachant que cette civilisation s’appuie avant tout sur une pensée unique définissant ce qui doit se croire et se savoir, une pensée qui prétend reconnaître la diversité mais ne donne pas à certaines composantes de cette diversité les moyens d’exister vraiment.
La liberté d’expression dans notre pays est mal utilisée : se moquer, déconsidérer, médire, est devenu un sport verbal où l’inspiration en l’occurrence vient toujours. Une certaine autosatisfaction s’affiche avec une intelligence qui se prétend souveraine. Si seulement le dixième d’une telle énergie était employé pour exprimer ce qu’il y a d’unique et d’irremplaçable en l’autre, alors la vie de tous les jours semblerait moins grise.
Si la liberté d’expression était comme l’eau des torrents tout juste jaillie de la source, le sens du monde avec sa pensée unique, ses pouvoirs et son influence, s’empresserait de la canaliser et de l’utiliser afin de conforter ses certitudes par la reconnaissance. Ceux qui détiennent le pouvoir dans le monde savent aussi se servir de ce que les gens ont dans leur cœur et expriment.
Mais la liberté d’expression a une frontière : celle où les mots venus du « cœur du réacteur », soit du plus vrai et du meilleur des êtres qui s’ expriment, atteignent un jour la force qu’ils n’ont jamais eue. Si l’avance d’une telle liberté devait franchir les limites fixées par le monde, elle serait sans doute jugée plus dangereuse que les révolutions ou les manifestations de rue.
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2 Juin 2002
La science devant l’inconnu
La science et la médecine reculent toujours plus loin leurs frontières. Mais au-delà des toutes dernières avancées encore incertaines, s’ouvre l’immensité de l’inconnu.
Les mécanismes de l’évolution de la vie, lorsqu’ils sont découverts, mettent en évidence une réalité déconcertante : la dimension des incertitudes en face du progrès scientifique.
Il y a aussi une autre réalité : celle des intérêts financiers, des stratégies économiques et politiques qui conditionnent et orientent les avancées de la science.
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16 Juin 2002
Disparus de la scène…
Gainsbourg chantait : « Je suis venu te dire que je m’en vais… » Quand il nous a quitté, les jours allongeaient, mais il ne devait plus jamais revoir un été…
Coluche nous a quitté le 19 juin 1986. Il fonçait, pilotant sa moto, sur une petite route… Un camion a surgi…
Certains de nos concitoyens rêvaient peut-être d’un astronef qui se poserait sur leur pelouse, devant leur « boîte à habiter »…
Les comédiens, les amuseurs, les bouffons et les écorchés vifs, les chanteurs et les poètes, du moins certains d’entre eux, n’ont jamais fait long feu sur la terre des hommes… Ils vont, ils viennent, ils font de jolis ronds dans l’eau, ils ont des petites bêtes dans leur tête, ils n’habitent que là où ils se posent. On ne les écoute que parce qu’ils nous amusent ou nous émeuvent… Et nous font parfois un peu rêver…
Rien ne fait long feu, d’ailleurs… Tout est tellement dérisoire !
Toutefois, à Contis Plage, du 21 au 24 juin 2002, « Cinéfête » nous convie au rêve qui prend feu… et suspend le dérisoire.
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15 Septembre 2002
Catastrophes naturelles
Lorsque survient une catastrophe naturelle, inondation, tempête, séisme ou incendie, dans l’heure qui suit l’événement, et plusieurs jours durant selon l’importance de la catastrophe, l’information circule avec une rapidité plus spectaculaire que l’avancée des eaux, des flammes ou des perturbations atmosphériques.
Une profusion d’images, de reportages et de commentaires assortis de témoignages particulièrement percutants envahit les écrans de télévision, occupe des colonnes et des pages de journaux, mais aussi les couvertures et les éditions spéciales des magazines à sensation.
Toute la technique de l’audiovisuel avec ses équipes de reporters dotés d’un matériel sophistiqué débarque sur les lieux du drame alors que gronde encore l’orage, que le vent souffle, s’écroulent les maisons, s’envolent les toitures.
Dans toutes les régions de France ou d’ailleurs, là où aucune catastrophe n’a encore sévi, là où se referment des cicatrices anciennes ou récentes, les gens s’interrogent, invoquent l’irresponsabilité des promoteurs immobiliers et des bâtisseurs de lotissements, le réchauffement de la planète dû à l’effet de serre, la pollution…
Et l’on s’émeut en face de ces images bouleversantes qui nous sont présentées comme un film d’épouvante. L’on se croirait presque au cinéma.
Si l’information circule très vite, la solidarité cependant, avance au rythme des pulsations de l’escargot dont le pied et la tête s’étirent au bord d’un chemin tortueux. Et ce ne sont pas les chèques de 20 ou 30 euro ou plus signés pour se donner bonne conscience à l’ordre de SOS les inondés, qui vont recoller les morceaux de vies brisées ni refaire les maisons, renflouer les commerces et les entreprises sinistrées.
La vraie solidarité après les premiers secours, serait assurément celle qui mobiliserait des gens en grand nombre, sur place, auprès des familles endeuillées, des sans abris, de ceux qui ont tout perdu. Est-il normal que, lorsque les gens manquent de tout, et en particulier de l’ essentiel, après le passage d’une tornade ou d’une gigantesque coulée de boue, des footballeurs ou des sportifs de renommée mondiale par exemple, continuent de percevoir des salaires de cent mille euro ? Que des sommes astronomiques soient investies en bourse et que des sociétés dont on ne sait vraiment qui les gère puissent réaliser des profits financiers aussi importants que des budgets de nations ?
Mais l’argent ne suffit pas, même s’il est vraiment nécessaire… Présence, réconfort, assistance, hébergement, affection, débrouillardise et « huile de coude » sont des énergies aussi vitales que l’envoi de fournitures, d’équipements, de main d’œuvre, de maçons, de menuisiers et d’artisans de tous métiers…
Lorsque surviendra une catastrophe planétaire que les médias ne pourront pas couvrir, voyages, projets et préoccupations personnelles ne seront plus à l’ordre du jour. Et pour survivre alors, avoir des descendants, envisager un avenir, transmettre des connaissances, construire des habitations, se nourrir, la solidarité s'imposera d’elle-même, l’économie redeviendra communautaire, comme aux premiers temps de l’histoire, lorsqu’il était si difficile de se maintenir en vie, qu’il n’y avait que très peu de vieillards, et que la moitié des enfants venus au monde disparaissait avant la première année d’existence.
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6 Octobre 2002
Energie et frontières
Dans l’évolution du monde en ce début de troisième millénaire, que représentent encore les frontières ? L’existence de si nombreux états, de nations ou de royaumes est-elle compatible avec la mondialisation de l’économie ?
Les flux migratoires, les brassages de peuples et de cultures, ne modifient-ils pas la géographie humaine de chacune des pièces d’un puzzle délimitée par des lignes abstraites, le plus souvent tracées selon des décisions ne tenant aucun compte d’identités ethnique ou culturelle ?
Et que dire de tous ces règlements, de procédures et de dispositions légales propres à chaque pays qui, au niveau d’une économie planétaire dominée par les marchés financiers et de puissantes organisations, perdent tout crédit, ne protègent plus personne, mais n’en pèsent pas moins de tout leur poids lorsqu’ils restreignent des libertés essentielles ?
La disparition des frontières entre les états, sur chaque continent de notre planète, ne pourrait-elle pas être le point de départ d’une nouvelle mondialisation qui respecterait et reconnaîtrait la diversité ?
Dans cette évolution du monde, n’est-il pas étonnant qu’en 2002, l’on puisse encore se chauffer, s’éclairer, circuler, en utilisant l’énergie fossile ?
Il existe certainement d’autres sources d’énergie, et quelques découvertes déterminantes pour l’avenir ne sont pas connues du grand public parce qu’il y a trop d’intérêts financiers en jeu…
D’autres grandes découvertes n’ont pas encore vu le jour, notamment en ce qui concerne le stockage, l’accumulation et la distribution de l’énergie électrique, ou l’utilisation de nouvelles ressources. La Science n’a pas dit son dernier mot. Espérons que l’évolution de l’esprit humain suivra, avec celle de la connaissance…
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