Par les confettis que sont ces courriers à Sud Ouest, Marianne, L’Humanité Hebdo et L’Est Républicain, je vous salue, visages connus dont la trace dans mon esprit ne s’efface jamais, visages inconnus dont je rêve l’atmosphère…
CORRESPONDANCES
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14 septembre 2001
Trois minutes de silence
Trois minutes de silence, huit cent millions de personnes à travers le monde, associées dans le recueillement, c’est bien…
Mais cela ne coûte rien, pas un centime. Tout juste avant ces trois minutes encore, l’on sortait de sa banque, descendait de sa voiture, autant dire que l’on vivait ce jour, le 14 septembre 2001, tel tous les autres jours de notre vie quotidienne, dans la diversité des préoccupations habituelles.
Il eût été beaucoup plus significatif, une journée entière durant, d’interrompre toutes les activités financières, de fermer les banques, la bourse… et les bureaux, de ne pas prendre sa voiture, de rester chez soi.
Des milliers de gens ont tout de même été engloutis dans la spirale infernale d’une violence inouïe. Des milliers de vies se sont brutalement arrêtées… Et le monde tel que nous l’avons fait chacun d’entre nous, depuis de nombreuses générations, va continuer de tourner pour le pire comme pour le meilleur. Mais c’est hélas le pire qui domine le plus souvent la scène du monde. Le pire qui fait oublier le meilleur.
Ce qui est arrivé ce 11 septembre 2001 à New-York, bien au delà d’un libéralisme forcené, de tant d’ égoïsmes exacerbés, d’une mosaïque d’idéologies, de religions, de cultures et de fanatismes, c’est l’ éclatement de l’une de ces terrifiantes « verrues volcan » qui, toutes, naissent et se développent sur l’ épiderme d’un grand corps en décomposition : le corps de l’ humanité, habillé de ses civilisations, le corps même de ce monde tel qu’il est, tel qu’il a toujours été, tel qu’il sera demain, pour longtemps encore, s’il ne disparaît pas.
Et nous sommes chacun d’entre nous, riche ou pauvre, puissant ou misérable, pétri de culture et de repères ou ignorant, les citoyens de ce monde…
Il n’ y a peut-être rien de plus dramatique et de plus désespérant que cette impuissance, cette incapacité du meilleur de nous mêmes à changer la vie que nous vivons, la nôtre, celle de ceux que nous aimons, celle de notre espace relationnel.
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7 Octobre 2001
Attention… Danger !
Les églises, les temples, les synagogues, les mosquées, tous les lieux de culte ; les parlements, les sénats, les républiques, les états, les nations, les empires, tous les peuples de la Terre entière ; toutes les idéologies, les écoles de pensée, tout ce qui au nom de Dieu ou d’Allah définit le bien ou le mal ; toutes les civilisations et toutes les cultures ont en commun une place publique où l’on décide à l’unanimité ou presque, d’écarter, d’éliminer les indésirables… Et sur l’autel de toutes les messes du monde coule le sang d’innombrables victimes.
Sur la place publique, oriflammes, effigies de saints, images sacrées, portraits de présidents ou de généraux, sont les symboles de la foi et du pouvoir. Autour de l’autel sont inscrits les textes de la Loi chrétienne ou coranique.
En arrière plan, dans les coulisses ou même au beau milieu de la place publique, prêtres, hommes de loi, intellectuels, savants, révolutionnaires, tous bardés de certitudes et de vision du monde, officient, s’accordent avec ceux qui pillent les richesses de la planète et dont on ne discerne jamais le vrai visage, instaurant ainsi un nouvel ordre du monde. Et dans cet ordre là, tous les pauvres de la Terre, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, Américains ou Afghans, Blancs ou Noirs, seront toujours « niqués jusqu’à l’os »…
Tous ces dignitaires dont on ne connaît ni le nom ni le visage, sont tous d’une seule et même religion : la religion imposée et médiatisée qui interdit le paradis aux indésirables, aux foules affamées, à tous ceux qui « ne mettent pas 100 balles dans le dada pour que ça branle un petit peu ». En outre cette religion universelle assassine, emprisonne, torture, humilie et affame. Le sang des victimes qui coule sur l’autel est déjà vieux de quelques milliers d’années. Aussi finit-il par impressionner le monde, tout ce sang versé. Il faut alors un nouveau plan de sauvegarde pour les intérêts des dignitaires car le plan habituel par ses clivages, ses idéologies, ses armes de guerre ou de dissuasion, risque de perdre son efficacité.
Et si des cathédrales chaudières se mettaient à exploser ? Au cœur même du pays de cocagne, là où des milliers de gens ne meurent pas de faim ? Ne serait-ce point là une peste qui vitrifierait pour des milliers d’années l’évolution de l’esprit humain, et sanctifierait pour un même temps l’œuvre des dignitaires sans vrai visage ?
L’homme de la rue ou de la brousse a toujours cru que le sang versé pour une cause était une nécessité, et que demain le monde changerait… Mais l’explosion d’une cathédrale chaudière n’est que l’une des manifestations brutales d’un dessein qui échappe au commun des mortels, ainsi qu’aux rois et aux présidents. Aujourd’hui s’élabore dans les abysses des civilisations, le plan stratégique des dignitaires qui se sont entendu entre eux afin que le monde soit encore beaucoup plus différent de ce qu'il a été jusqu’à nos jours. Ce monde ne sera ni libéral, ni communautaire, ni chrétien ni musulman, mais figé dans une incommensurable pauvreté générale, dans un obscurantisme absolu et complètement vidé de ses ressources.
Le World Trade Center à New York, l’usine AZF à Toulouse, sont des cathédrales chaudières. Les réfugiés Afghans qui vont mourir de faim, les cinq cent mille enfants Irakiens victimes de l’embargo, et tant d’autres gens disparus, ensevelis sous les décombres des villes rasées par les incessants bombardements, sont autant de sacrifiés sur l’autel.
Le terrorisme n’est qu’un épouvantable théâtre de marionnettes… Quelque part, il faut bien que des ficelles soient tirées. Civilisation occidentale gangrenée, pays du grand Satan, disent les fondamentalistes musulmans, les Palestiniens, les généraux de toutes les armées de pauvres… Mais qu’ont-ils fait eux-mêmes, ces dirigeants et ces propriétaires en terre d’Islam, de leurs pauvres, de leurs femmes et de leurs enfants, sinon des esclaves, de la boucherie de déminage, des soldats de première ligne, des illettrés, des affamés, des humiliés… Ils n’ont fait ni mieux ni pire que les actionnaires, les barons de la finance, les présidents de droite ou de gauche du pays de cocagne !
Dans les camps qui se forment, alors que dans l’ombre de la nuit qui vient, un implacable dessein étrangle l’avenir des hommes, l’on parle encore de croisade !
Ceux qui tirent les ficelles, sous l’épouvantable théâtre de marionnettes, ont bien calculé leur coup !
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14 Octobre 2001
Où va-t-on ?
La répétition des images de l’actualité internationale (Afghanistan, Palestine, attentats, catastrophes, sommets…) sur les chaînes de télévision, la succession de titres en gros caractères sur les premières pages des journaux, titres accompagnés de clichés percutants mais particulièrement orientés, c’est bien cela le monde de l’information, et par delà, celui de l’espace culturel…
Banalité, gravité, sensationnel, se diluent en un espace de communication qui ressemble à un palais de glaces déformantes dans une fête foraine. Les guignols les plus en vue s’y reflètent et se congratulent.
Le monde d’aujourd’hui n’est ni pire ni meilleur que celui dans lequel ont vécu les gens qui nous ont précédés : il est seulement différent.
Qui, en l’an 1001 de notre ère, aurait imaginé les ordinateurs et les téléphones portables de l’an 2001 de la même ère ? Et que deviendront dans quelques siècles ou millénaires, nos autoroutes, nos trains à grande vitesse, nos réseaux de fils électriques ? Oui, comment imaginer le monde de demain au-delà des impostures, des contrefaçons et des projections du temps présent ?
La répétition des images, le martèlement des titres en gros caractères, la banalité, la gravité, le sensationnel, sont aujourd’hui les ingrédients d’une diversité en laquelle les acteurs de la grande scène internationale, et plus précisément les acteurs que nous sommes, cherchent des points de ralliement.
Mais la diversité ne se contrôle pas par des dressages musclés ou onctueux. La diversité a besoin de reconnaissance, de vecteurs ou de relais, bien plus que de lumières, de titres, d’affiches ou de meneurs.
La révolution culturelle à venir serait celle de la conscience de l’existence de l’autre, l’éclatement de cette bulle d’individualisme à l’intérieur de laquelle nous ne projetons que les dimensions de notre personnalité.
Le monde de demain sera tout naturellement fait de tout ce qui nous survivra, le pire comme le meilleur… Tout ce que nous imaginons aujourd’hui de ce monde, même par les œuvres des romanciers et des artistes ou par les prospectives des scientifiques, n’est que du rêve ou le produit d’une connaissance incomplète.
Nous participons chacun d’entre nous à une inexorable évolution de l’esprit humain et la durée de cette évolution nous échappe.
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Novembre 2001
Notre civilisation occidentale, chrétienne et libérale, développée économiquement, constituée majoritairement de républiques et d’états démocratiques, donne-t-elle à la femme sa véritable place dans la société ? Lui permet-elle de s’épanouir, d’affirmer sa féminité, d’être réellement comme elle le prétend, l’égale de l’homme ?
La féminité dans le sens du monde n’est qu’un leurre… Une entreprise commerciale, une exaltation des apparences. La féminité dans son authenticité n’est pas vraiment reconnue, elle n’est qu’un débat entre hommes, entre gens de pouvoir et de finance… La première comparaison qui s’impose c’est celle des salaires à qualification égale et pour un même niveau d’études.
Les artistes, les poètes, les écrivains, depuis l’antiquité, ont vénéré la femme, mais les civilisations ne lui ont finalement donné que les pouvoirs qu’elle a du conquérir de haute lutte… et même au prix de sa vie.
Lorsqu’enfant, je vivais en Tunisie, j’ai connu une jeune fille musulmane d’une beauté à couper le souffle. Voilée jusqu’à la moitié de son regard, habillée à l’Européenne, en haillons parfois, selon le vêtement qu’elle portait à l’occasion, cette beauté qui émanait d’elle était l’essence même de sa féminité, impalpable, imputrescible, universelle…
Et je retrouve toujours cette beauté dans le visage d’une enfant, d’une jeune fille, d’une femme, d’une aïeule… Et comment ne pas se laisser étreindre le regard par tous ces visages de femme qui passent sans jamais se diluer ? Comment ne pas être éperdument amoureux de l’essence de cette féminité, ne pas être saisi de ravissement et de reconnaissance ?
Tout comme l’homme, la femme est un être social, un être défini par la civilisation, la religion et le système économique en lesquels il évolue en devant se soumettre et respecter des règles établies.
Mais, tout comme l’homme également, la femme n’est pas seulement un être social : elle est un être vrai qui ne ressemble à aucun autre être, elle traverse l’expérience de la vie avec son corps de femme, ses désirs, ses choix et ses actes.
Voilée jusqu’à la moitié de ton regard et musulmane, Européenne au charme emmitouflé de décembre ou au charme dénudé de juillet, lingère, ballerine, caissière de supermarché, secrétaire ou hôtesse d’accueil, avant d’être madame Quelque chose, Américaine, Slave, Afghane, Australienne ou pygmée, tu es une femme avec toute la magie de ta féminité. Chaque année, l’on peut bien commémorer une journée internationale de la femme, pour ma part, la journée de la femme, c’est tous les jours…
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2 Décembre 2001
La femme au volant…
Agressive, pressée, belliqueuse, peut être… Les sondages semblent le confirmer. Coquette, imprévisible ? Certainement.
Ouvrant la portière de sa Twingo jaune citron, ou de sa Lupo rouge sang, lorsqu’elle projette hors de l’intimité de son habitacle son exquise féminité, relevant le col de son imperméable, après avoir si elle est toute jeunette, coupé le battement de cœur de pieuvre de son auto radio… Quel enchantement !
Furtif cependant, cet instant magique est bien vite emporté dans le courant de la rue. Et la scène du monde, avec ses sens interdits, ses gendarmettes et toute la violence des visages de ses acteurs, voit passer d’un rideau à l’autre, côté ombre, côté lumière, ces drôles d’autos avec des petites fées crispées à l’intérieur.
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23 Décembre 2001
Loana
Aucun livre n’est nul. Un livre sera toujours un livre quoiqu’il raconte… Mais tout de même ! Bien « pétant », bien en évidence, en parfait équilibre sur son présentoir, en cet endroit précis où le villageois, le citadin, à la maison de la presse, pose son billet ou sa pièce, réglant son achat (pas forcément celui du livre)...
Et tous ces autres livres, de journalistes, d’ écrivains à succès, ces premier roman, ces best sellers, de personnalités littéraires ou artistiques, d’historiens, de biographes… en piles avec leur bande jaune ou rouge, en pyramides, en présentoirs… Une manne financière pour les éditeurs ! C’est donc cela, la voie royale !
Et l’espace relationnel, l’essence, le message, le lien, entre l’écriture et la vie que nous vivons, où sont-ils ?
Un livre n’est-il qu’un livre, un succès de librairie, une marchandise, une référence, une marque identificatrice, pour celui qui l’achète, le possède, le fait lire à ses amis, et pour finir le range soigneusement sur l’un des rayons de sa belle bibliothèque de salon ?
Loana… Ton livre est un livre, pas un « bouquin », mais un livre comme tous les autres livres…
Y aura-t-il jamais un livre qui sera autre chose qu’une mode, un succès, un empire de cette conscience de soi en laquelle tout un chacun se retrouve ?
Un livre relais en quelque sorte… Ouvrant l’espace relationnel, celui de la réalité vécue et du rapport de communication, aux créateurs d’atmosphère que nous sommes tous, un peu, sans en avoir l’air…
Si nous nous existions les uns les autres, y aurait-il autant de livres… Ou les livres ne seraient-ils pas tous des succès de la vie ?
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30 Décembre 2001
Noël, Nouvel An
Ces jours de fête entre Noël et Nouvel An, plus que tous les autres jours de l’année, mettent en évidence l’hypocrisie du monde masquée par de magnifiques décorations, une opulence de victuailles, de confiseries, un déluge de lumières vives et colorées… Sans compter les jouets de guerre, généralement chars et fusils, voire panoplies de tortionnaire…
Le premier janvier, l’on s’embrasse, l’on se congratule, les portes et les fenêtres s’ouvrent, et « Bonne Année » dans tous les accents de notre beau pays de France, fuse de toute part.
Le 2 du même mois, l’on s’envoie des lettres recommandées avec accusé de réception, pour un loyer impayé, un mur mitoyen ou tout autre litige domestique.
Et si la lettre recommandée perdait le latin de ses formules, se désintégrait dans la transparence d’une vraie communication ?
Et si, du premier janvier au 31 décembre, un petit regard, un petit sourire, voulait bien se poser sur ces visages que nous ne regardons jamais vraiment ?
Victuailles, jouets, décorations, lumières, confiseries, préoccupations personnelles, balcons et jardins fleuris, voitures pimpantes et jolies maisons, tout cela, ce sont les fleurs d’un désert de pierre et de cailloux colonisant le monde.
Et dans ce désert- là, « Bagdad Café » reste à inventer…
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31 décembre 2001
La magie de Noël et du Nouvel An éclate dans la nuit étoilée, entre dans les maisons avec l’abondance des victuailles et la joie des réunions familiales…
Et cette année, avec la nouvelle monnaie, la magie de Noël déposera sous le sapin des petits sous en Euro pour les enfants…
L’on sera bien loin alors, de l’orange de Noël de 1915… Et du sourire, du visage d’une jolie « Mère Noël » offrant l’orange… parce que le « Père Noël » en ce temps là crevait dans les tranchées de Verdun.
A des milliers de kilomètres d’ici, de notre beau pays de France, de notre chère Aquitaine, dans les montagnes Afghanes, il n’y aura même pas d’orange à la fin du ramadan en 2001 !
Un immense désert de cités bruissantes impose toujours son silence, son indifférence, sa violence, à ceux qui tentent la rude traversée en jetant des regards qui ne s’éternisent pas sur les fleurs cristallisées.
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24 Janvier 2002
L’Euro
C’est par le chemin difficile et très accidenté de la diversité culturelle et des échanges économiques, par l’existence des identités et des idéologies derrière les quelles se retranchent les peuples de toute la Terre, que se construira un jour lointain une autre monnaie, une monnaie planétaire, universelle…
L’Euro, étape historique, n’est que le début d’une évolution irréversible. Alors qu’ils parlaient des langues différentes, que leurs villes, leurs paysages et leurs visages se diluaient dans une modernité en marche vers le futur, les hommes de l’Ouest du plus grand continent de la planète se servirent un jour d’une monnaie unique : l’ Euro.
La capacité de conciliation, de coexistence et de brassage des cultures, même dans la pesanteur de la violence, de l’indifférence et des situations conflictuelles, entre dans l’évolution de la civilisation.
Cette évolution est irréversible, et, à notre époque, encore embryonnaire…
Comment une existence aussi singulière, aussi unique, aussi authentique que celle d’une femme, d’un homme, d’un enfant ou d’un peuple, pourrait-elle s’épanouir durablement sans l’existence de ces autres êtres, de ces autres peuples, que nous devons forcément reconnaître ?
Il y aura donc un jour, une monnaie mondiale… Et peut être plus du tout, nulle part, d’hégémonie culturelle, politique ou économique.
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27 Janvier 2002
Les petites pièces…
Manipulant chaque jour de la monnaie en espèces sonnantes et trébuchantes, de par ma profession, je viens de constater que les pièces d’un, deux et cinq centimes d’ euro, si rutilantes aux premiers jours de la monnaie Européenne, prennent au bout de trois semaines, pour certaines d’entre elles, une couleur terne… Et que tout le « brillant » s’évanouit dans la grisaille !
Ainsi le chiffre 1, 2 ou 5, déjà patiné à l’extrême, n’est plus lisible, sans compter la face Française ou autre, totalement diluée dans une très nette usure…
En un mot, c’est du « toc », à l’image même de la construction Européenne, des valeurs de notre civilisation du paraître, de l’« esbroufe » et d’une monumentale hypocrisie.
J’ose toutefois espérer que dans l’évolution encore embryonnaire d’autres valeurs moins assujetties aux intérêts des grands groupes financiers, aux modes et aux apparences en général, les toutes premières pièces de la monnaie mondiale au siècle ou au millénaire prochain, seront, elles, à l’image de ces valeurs à redécouvrir qui sont celles de l’homme, de son énergie, de sa créativité, de sa sensibilité et de son travail réel.
En attendant, contentons-nous de ces petites pièces et de leur éphémère brillance… Montons dans des TGV qui s’arrêtent en rase campagne, incinérons des carcasses de vaches à la moindre alerte de fièvre aphteuse, nourrissons-nous d’aliments en barquettes produits par la société de consommation…
Et que l’Euro soit, dans toutes les publicités tapageuses, afin de consommer mieux et plus, au pays « où la vie est moins chère » !
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10 Février 2002
A propos du rêve et de l’imaginaire…
Des millions de gens ont aimé le Titanic, le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, le Seigneur des Anneaux, et tant d’autres grands succès portés à l’écran.
Le rêve, l’imaginaire, dans le monde présent qui est le monde des apparences et des références, des échanges économiques et culturels, sont des forces ne remettant pas en cause les valeurs matérialistes de notre civilisation, mais qui ont parfois été les catalyseurs de certaines évolutions historiques bien vite diluées au-delà de leur éclatement originel aussi soudain qu’imprévisible dans un monde formaté.
Le sens du monde, de nos jours plus que jamais, avec ses références, ses structures économiques et sociales, utilise ces voies de passage que sont le rêve et l’imaginaire, parce que les succès assurés par de tels relais rapportent beaucoup d’argent. Ainsi la littérature et le cinéma, en particulier, sont les véhicules d’un système qui tend à uniformiser les tendances, les modes et les habitudes.
Le risque d’une soudaine et imprévisible évolution historique remettant en cause le sens du monde étant minime, peut donc parfois être pris par ceux qui détiennent le pouvoir et utilisent les médias, si le rêve et l’imaginaire dans les élans qui enthousiasment les foules, génèrent des profits immédiats… et fabuleux !
Le Titanic, le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, le Seigneur des Anneaux et tous les grands succès à venir ne seront donc que de merveilleuses récréations, et qu’importe alors la dimension du rêve puisque sonne toujours la cloche annonçant le retour au travail, à la réalité !
Pour le plaisir ou l’émotion du lecteur, du spectateur, est-il encore possible aujourd’hui de concevoir une œuvre d’une essence telle, que son message, sans être plus novateur qu’un autre, nous délivrerait de tout ce qui tend à uniformiser nos sensibilités ? Autrement dit, si la diversité et le foisonnement des œuvres ne cessent de se développer, n’a-t-on pas souvent l’impression de « tourner en rond » ? D’épuiser toutes les possibilités infinies, certes, du rêve et de l’imaginaire dans un univers clos demeurant fondamentalement dépendant de nos perceptions, de nos aspirations… Et de l’ordre du monde ?
En ce début de troisième millénaire, je ne citerais qu’un seul réalisateur ayant cette capacité de concevoir une œuvre d’une telle essence : François Dupeyron, dans « La chambre des officiers ». En effet, dans cette histoire, la réalité, bien au-delà de sa surface, dans sa beauté et sa pureté, traverse l’écran des apparences, s’affirme avec plus de force encore que le rêve ou l’imaginaire habituels par lesquels on ne fait que s’évader pour être toujours repris.
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1. Dante Le 24/02/2007 à 07:08
2. Porter Le 24/02/2007 à 21:17
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