Le monde…
La longue crasse effilochée des humeurs fétides, la nonchalance des jours ramés ou proscrits si rapidement étirés ou crépusculaires, la crispation de bribes de métaphores ensanglantées, fugitives, ressurgies au galop et rabattues par des rouleaux de vagues grises poussiéreuses, les excès de criaillements, de pépiements et de mots et de silences inutiles, les débandades d’émerveillements, les dilutions d’images froissées par les incessants rappels à l’ordre des Turbo-Prédateurs riches à crever et des Aide-Prédateurs mal rémunérés et des Censeurs de la Loi Scélérate, les acacias dénudés de décembre dans la cité nordique déguisés en squelettes de chameaux, éclatés par la foudre impie, les éclats de roche des émotions formatées dans l’entrebaillement des portes accordéon, les jeunes chiots versatiles roulés en boule au pied des marmites de soupe aigre, les conspués du dimanche pascal sur le parvis mouillé de l’Office Généralissime en conversation saccadée avec des jeunes filles fluettes, se contredisant et assénant de violentes invectives sur les bancs de pots où dormaient de longues limaces orangées ; de matures épicières carnivores en vestes droites zébrées de lacets torsadés, agglutinées sous un grand bénitier d’acier, décortiquant un contrat d’assurance transparent comme une glace dépolie ; les vautours insolents, repus, huppés, parcheminés, déglutissant des escarbilles de charognes pourries, juchés sur des clochers pointus d’églises biscornues ; le ballet des cigognes endimanchées, leurs longs becs plongés dans des cols de vases à roulettes, escamotant d’entrechats les bordures sinusoïdales d’une scène bombée au revêtement cuivré… C’est ainsi que le monde tourne, indépendamment de la loi du marché et du battement de cœur de larves bisexuées génétiquement modifiées, dans les dédales brûlants ou glacés d’une immensité perpétuelle d’immondices reliés entre eux par des tunnels de lumière voilée.
Les 3 archevêques et leur buse Uhlémane…
Tout en haut des Monts de Piètre Confisquerie Sclérosée hérissés de barges de débarquement déchiquetées et disposées en cathédrales obsolètes sur fond cosmique de petite envergure, s’étendait le Destin Mutilé des prêtres figés dans leurs houppelandes de feu blessé et des ministres de la Foi Civile agitant des faux ébréchées sur les brumes gelées rasant les scories météoritiques d’attroupements fossilisés constitués de petits géants cul-de-jatte au cœur de lichen, reliés de cordes vocales, noués de nids enchevêtrés d’oiseau-lyre et de pinson muet.
Sous les nappes de gaz délétères, vertes et bleues, flagellant des conspirateurs congelés chaussés de boîtes métalliques, le Destin Mutilé ouvrait de grands portails au-delà des monts sinusoïdaux.
Des mondes bleus ou rose électrique surgirent puis disparurent dans l’encre fécale jaillie de mille anus de méduses translucides.
La route des monts, venue de la plaine abyssale parsemée de sédiments incolores semblait prendre d’assaut en lacets entremêlés ce conglomérat de flancs rocheux, d’échines d’animaux préhistoriques et de tours crénelées de nefs galactiques en panne de spacio-carburant.
Les 3 archevêques, secs comme des bâtons noueux, avares de mots et de regards, visages crispés, bure déchirée, sabots fourchus, ceints de lourds couffins concentriques attachés autour de leurs hanches, en équilibre instable sur de petits ânes ronds aux pattes courtes, cheminaient sur la route des monts en quête de ce destin encore voilé qui n’étincelait que de minuscules virgules bleues entre des segments de paraboles, de métaphores et de vieilles hiéroglyphes frottés jusqu’à la gangue du noyau d’atomes de cailloux éclatés.
Mais le destin, immuable dans ses promesses et souffleur d’haleines stériles dans ses égarements lucides, transcendait les 3 compères archevêques virevoltant des fesses sur leurs petits ânes.
Quatre femmes voilées de rouge luminescent jusqu’à la frontière de leur regard opaque, indécentes créatures diaphanes dont les silhouettes graciles ponctuées d’attouchements imaginaires, se mouvaient au rythme des ondulations lascives de plis vaporeux, ployaient de la tête et des épaules sous de grands fûts bleus cerclés de coquillages.
Ces femmes ainsi surmontées avançaient en titubant entre les pauses lascives et les ondulations érotiques aux côtés des petits ânes indifférents colportant sur leur dos des kilogrammes d’archevêques encouffinés.
Les fûts bleus dont les marchands lointains et inconnus, peu enclins à dévoiler le contenu du chemin, s’alourdissaient d’énigmatiques charges pondérales après chaque lacet luisant de pluie solaire, semblaient se dresser comme des tours de guet antisismiques pour désamorcer au lance-roquette à eau les pétards des pensées assaillantes et les bombes incendiaires d’insaisissables mercenaires.
La buse Ulhémane, juchée sur l’épaule d’acier de Primogénik, le plus petit des trois archevêques, lançait son cri de guerre répercuté en écho au-delà des monts afin que tous les oiseaux et les insectes fragilisés dans la texture mouvante d’un ciel effondré puissent rejoindre en colonnes organisées les tertres sacrés aux minarets pointus à califourchon sur les excroissances des demi-lunes ferrugineuses du Grand Désert Rocheux prisonnier de la ceinture des Monts de Piètre Confisquerie Systéminique Libérale avancée.
« Eh, buse » s’écria Primogénik « tais toi et t’occupes pas de la couleur de l’âne qui me porte… C’est pas parce que tu es née Uhlémane que tu dois proscrire le sens de nos pas sur la route des monts ».
« Moi » reprit l’archevêque « je suis beau et fort. Je fais trimer ces servantes à mes côtés, et bientôt je gouvernerai au-delà de ces monts, tes ailes seront mutilées par les serpes de glace qui hacheront le désert renouvelé, et tes aïeux, Ulhémane, éteindront le souvenir de tes vols plus anciens que l’ordre immuable du monde ».
Les oiseaux et les insectes ne furent pas les seuls à se rallier peu à peu au cri de la buse Ulhémane.
Bientôt dans le désert au-delà des monts, et même avant les monts, au cœur des longues plaines abyssales, à la périphérie des Cités Ordonnées, de nombreux métis d’humanuscules, des croisés d’hupercules et de spongicules, des fœtus de vautourettes et des crapinuscules trisomiques se mirent à scander des airs minés et à poser des escarcelles enflammées sous les fenêtres des éluscules et des convaincuscules.
Tous, ainsi que leurs chiens, leurs veaux, leurs chacals et leurs scarabées paralysés en dés roulants, tendaient l’oreille, ou le cervelet, ou la glotte, dès que retentissait par delà les monts l’appel de la buse Ulhémane.
Primogénik, dont l’épaule carapaçonnée luisait de cire et de vernis à ongle sous les griffes de la buse, argumentait sans cesse afin que les suspicieux, les mordus de la baise, les soulographes, les hésitants et les combattants de la foi vésiculaire consentent à enfoncer des boules quiès ou des suppositoires dans leurs orifices anaux.
Mais Primogénik se faisait aussi du fric avec le cri de la buse :
« Toutou à plumes, tu me pèles la peau de l’âme mais ton du cul buccal est une mine d’or. Depuis que tu cries au-delà des monts, ça fait venir tous les pauvres de la Terre, ça paie dans toutes les monnaies, ça fait marcher la Bourse, les actionnaires se remplissent les poches et les bandits assassins m’achètent des couteaux et des pétards ».
Par un chemin détourné surgirent sur la pente rocailleuse couverte d’escarres de pierre violette, au dessous de la première barre des monts, dix sept conscrits venus de la grande forge enrouée du port obstrué par les soldats en grève qui avaient vomi des billes d’acier dans les pissotières de première classe érigées autour du tribunal démontable.
Hâlés, loqueteux et idéalistes de la queue, la troupe des conscrits au visage embué dans des sacs de pluie troués, évincée tout entière sauf les porteurs de toffies pour les villageoises aux règles incertaines, filles et mères d’officiers plantureux rougis du sang de bergers ennemis, de la forge prise à la gorge et ne pouvant désormais souffler qu’à petit feu désalimenté, fondit à toute volée sur les 3 archevêques écrasés sur leurs petits ânes.
La buse Ulhémane s’envola, les ânes s’accroupirent et le soleil déclinant gicla de rais tamisés en pointillé au ras des monts pustuleux balayés de bise insipide.
Le carré de féminessences brutalement cerné par les conscrits en colère froide sanglés dans leurs uniformes bleu police dont chaque côté se féminisitait d’intimes délicatesses non périmées en dépit de la pression du haut fût aux boudins cylindriques chargés de coliques liquides, s’immobilisa.
Les quatre femmes voilées se dressaient en face des conscrits, ployant sous la charge des fûts bleus, dardèrent des regards soupçonneux, édifièrent de petites certitudes nouvelles, interrogatives, hésitantes, encore percées de lugubres orifices aux lèvres tièdes et salées.
Du fond de ces orifices ourlés sourdaient de blanches volutes pirates dont les micro-maëlstroms déferlaient sur des paysages criblés de tertres poilus dans le regard océan continental des conscrits.
Subodoraque, le pygmée de la troupe, râblé comme un lapin du tertiaire échappé d’un bagne de Pangée, apostropha les 3 archevêques :
« Eh, curés juchés, autosatisfaits et ballottés, descendez donc de vos baudets et foutez moi ces femmes à votre place sur le dos des bourricots ! »
« Nenni, nenni mon bon ami » répondit Primogénik « je suis de fer et de feu, je suis la Loi et le Glaive, je turbo-décide, je parchemine, j’autographe, je congratule, je pleut, je pisse où je veux, je baise, je m’empiffre, je scande les slogans pour faire avancer le cinéma dans les scénarios que j’ai conçus pour moi et ma clique, et ces femmes, mon bon ami, doivent coucher ce soir avec leur fût sur la nuque… »
Subodoraque, le pygmée, parce qu’il n’était idéaliste que de la queue, troua le bide des archevêques, étendit leurs dépouilles tripes au vent, baisa les femmes libérées et ne se rallia point au cri de la buse Ulhémane dont le vol nuptial avec le vautour Dolar infléchissait sa course vers la Grande Structure qui, dans ses labyrinthiques galeries, entretenait les prévôts et les dévots chargés d’obstruer toutes les issues.
Tout commence dans la lumière, s’endestine ou s’encoquine ou s’idéalise dans les galeries sans issues du labyrinthe.
Tout finit dans la nuit, étoilée ou pas…
Ce sont les certitudes heureuses, ces leurres en robe chic et petits impers d’été, ces régals fous sans cesse rappelés et ces transes du cyclotron qui nous font oublier qu’on est faits comme des rats…
La géante gazeuse depuis trois milliards d’années terrestres n’était elle aussi qu’un grain de sable.
Mais le grain de sable enfla, enfla comme un ballon de roche liquide… En quelques jours terrestres.
Une petite téterre tournait tournait au grand large des plus lointaines ceintures extérieures de la géante gazeuse.
Solmille, la belle étoile jaune du système aux dix planètes, n’avait pas bougé d’un poil… L’on eût cru Téterre vissée à jamais sur l’un des carreaux de mouchoir de l’immense firmament… Avec la ronde de ses civilisations à sa surface.
Au dernier des jours terrestres, une spirale de gaz, dense comme une étoile noire, échappée de la géante, fusa jusqu’à l’étoile jaune…
Il ne demeura rien de Téterre, pas même le souvenir.
INFORMATION : Grand Hôtel du Merdier va disparaître bientôt de Yugcib2. Il sera prochainement disponible sur Yugcib4, que j'ouvrirai.
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1. Griffin Le 24/02/2007 à 06:56
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